Le groupe Lacroix : marchand de bonheur, marchand de mort.

Petit tour d’horizon d’une entreprise locale ne faisant pas que dans le divertissement du grand public.

Aujourd’hui, la moitié de l’activité du groupe Lacroix est dédiée à la défense : fabrications d’armes pour le maintien de l’ordre, notamment les grenades lacrymogènes, et du packaging, en France et pour l’étranger. Drôle de paradoxe pour un groupe qui se veut soucieux du respect des droits de l’Homme et de l’impact social de ses activités dans sa charte éthique. En lisant cette dernière, nous apprenons également que le symbole de l’activité historique du groupe, à savoir les feux d’artifice, est la fête national française du 14 juillet et son traditionnel feu d’artifice. On devrait plutôt regarder du côté de 1790 avec la fête de la fédération que du côté de la révolution de 1789.

L’implantation du groupe Lacroix en région toulousaine

Le groupe Lacroix a son siège social à Muret, à côté de Toulouse, et 2 usines dans la région. On apprend aussi que le groupe a réalisé un chiffre d’affaire de 139 millions d’euros en 2016. Ce n’est pas sans compter l’appel d’offre de 2018 pour renouveler les stocks de la place Beauvau : la filiale « armement » du groupe, Alsetex, décroche un contrat de plus de 5 millions d’euros avec le ministère de l’Intérieur.

Cette filiale, malheureusement assez méconnue, fabriquait les grenades OF F1, responsable de la mort de Rémi Fraisse, utilisées de 1976 à 2014. Mais aussi les grenades GLI F4, que l’État ne commande plus depuis juin 2018, mais toujours utilisées, jusqu’à épuisement des stocks… Ces dernières mutilent depuis des années (mains et pieds arrachés, sans compter des blessures graves).

L’usine d’Alsetex se situe entre Angers et Le Mans, à Malpaire (72300 Précigné). On peut lire sur son site :

« Alsetex est spécialiste des systèmes et services pyrotechnologiques dédiés au maintien de l’ordre et à la sécurité civile. Nous maîtrisons toutes les phases du cycle de vie de solutions pyrotechniques innovantes : faisabilité, conception, développement, industrialisation, qualification, production, stockage, livraison, installation, formation, maintenance, revalorisation, collecte et démantèlement. « 


« Alsetex est spécialisée dans la fabrication de produits de maintien de l’ordre. En France, ses produits et services satisfont aux besoins de l’Etat français, en répondant strictement à ses spécifications.

A l’export, ses activités se soumettent strictement à l’autorisation d’une commission interministérielle qui est souveraine dans ses décisions.

Les services concernés de l’administration française sont donc les seuls habilités à apporter des réponses complètes et diligentes « 

Le type d’arme fabriquée par Alsetex : lance grenade avec sur le bouclier une grenade à lancer à la main, contenant les palets émettant du gaz lacrymogène

Une autre filiale du groupe Lacroix, Cirra Packaging (285 rue Hélène Boucher 78531 Buc, proche de Versailles), est spécialisée dans le conditionnement et le transport de produits en tout genre, notamment dans le secteur de la défense.

« Présenter, transporter, protéger, caler » est leur crédo. On imagine bien la mise en valeur de toutes ces belles armes comme on peut le voir sur leur site :

Après ces quelques informations, n’hésitez pas à les interpeller. C’est sûr que la défense et le maintien de l’ordre sont des commerces juteux, surtout pour une entreprise familiale. Mais quand on sait que les armes que Lacroix fabriquent ont tué, continuent à mutiler et blesser, ou que le groupe envoie des armes à l’étranger pour tuer des personnes, il serait peut-être temps de s’interroger jusqu’où une entreprise est prête à aller pour faire du profit et sur quoi ferme t-elle les yeux. On pense connaitre la réponse…

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3 réflexions au sujet de « Le groupe Lacroix : marchand de bonheur, marchand de mort. »

  1. La mutilation, c’est un métier à part entière…
    La preuve avec cet article qui date du début de siècle, paru dans L’Humanité sous la plume d’Eric Dourel. On y apprend que le groupe Lacroix adore jouer avec les engins de morts, Que ce soit pour défigurer, estropier les manifestants d’ici ou les populations de là-bas, que ce soit pour l’armée, ou la police, le groupe Lacroix a bâti sa success-story là-dessus. Quant aux feux d’artifices, c’est juste pour faire diversion…

    Quand la SNPE lâche ses leurres militaires
    Samedi, 22 Janvier, 2000
    Une cession d’activités passée inaperçue en décembre dernier.
    C’est la société Lacroix-Ruggieri, spécialiste des feux d’artifices, qui devient incontournable sur ce marché.
    Avec le rachat de l’activité contre-mesures de la SNPE (Société nationale des poudres et explosifs), la société Lacroix-Ruggieri se retrouve aujourd’hui en position de monopole dans la production de leurres pour la défense militaire. Cette opération est intervenue le 21 décembre dernier après un an et demi de négociations. Très discrète sur ses activités militaires, la firme préfère communiquer sur le secteur qui a fait sa réputation : les feux d’artifices.
    En mars 1997, la vieille société de feux d’artifices Lacroix, implantée à Muret, en Haute-Garonne, rachète sa principale concurrente ariégeoise Ruggieri. Forte d’un effectif de quatre cent cinquante salariés, Lacroix-Ruggieri consolide sa place de leader européen dans les feux d’artifices. L’inauguration du tunnel sous la Manche, les jeux Olympiques d’Albertville, l’embrasement de la cité de Carcassonne, Fort Boyard, le sommet du G7 à Lyon, Jean-Michel Jarre à Moscou, Johnny au Stade de France, le 14 Juillet à Paris et, dernièrement, les feux d’artifices de l’an 2000 dans la capitale (16 millions de francs d’investissements)… sont ses grandes prestations publiques.
    Pourtant, sur 461 millions de francs de chiffre d’affaires, à peine 35 % proviennent des feux d’artifices, 15 % de l’industrie, et 55 % de la défense civile et militaire. Ce secteur est incontestablement le plus rentable pour la société haut-garonnaise. Mais ça, elle ne s’en vante pas.
    En 1994, en pleine campagne pour l’interdiction des mines antipersonnel, l’association Agir Ici s’est risquée à dénoncer publiquement les activités militaires de Lacroix et de Ruggieri. L’association affirmait que des systèmes de défense avaient des effets antipersonnel. Pour Agir Ici, ces procédés portaient atteinte aux populations civiles. Les réactions des deux sociétés furent immédiates. Agir Ici fut attaquée en justice.
    Et en 1998, Ruggieri perdit son procès. La cour d’appel de Paris releva  » l’ambiguïté entretenue par la société Ruggieri sur l’utilisation de ce système de défense selon des modalités propres à assimiler celui-ci à une mine terrestre antipersonnel « . Son système de protection de bivouacs militaires, baptisé Spider, utilisait des munitions à base de billes d’acier de 3,5 mm qui éclataient en 900 petits morceaux. En revanche, Lacroix gagnait son procès et obtenait 300 000 francs de dommages et intérêts.
    Lacroix-Ruggieri est aujourd’hui fournisseur officiel de l’armée française dans la fabrication des leurres et écrans de fumée, indétectables aux radars et aux infrarouges. Virtuose dans les procédés de camouflage d’avions, bateaux et chars d’assaut, elle a mis au pointe toute une série de systèmes de défense très rentables. Selon ses dernières publications commerciales,  » depuis la fin 1998, le carnet de commandes est exceptionnel compte tenu en particulier d’ordres importants en provenance d’Europe, du Golfe et du Sud-Est asiatique. L’année 1999 devrait correspondre à une progression…  » Le système de protection de chars Galix est, selon les propres termes de Lacroix-Ruggieri,  » un très gros marché « . Il équipe tous les chars Leclerc de l’armée française. Le système Moder, moyen de défense rapprochée, est doté d’un double lanceur qui expédie une munition de semonce, la Galix 19, et une autre vulnérante, la Galix 4. Cette dernière contient  » deux sphères antipersonnel projetant chacune 1 000 éclats métalliques de 0,2 grammes « .
    Pour un spécialiste de Handicap International, ce type de munitions pose problème,  » même si ces systèmes ne peuvent pas être considérés comme des mines antipersonnel, ils utilisent les mêmes techniques vulnérantes dont la dispersion d’éclats métalliques « . Lacroix-Ruggieri, comme beaucoup de fabricants d’armes français, s’est engouffré dans la brèche laissée par le traité d’interdiction des mines antipersonnel, signé à Ottawa le 5 octobre 1996 par cent trente-cinq pays, qui stipule :  » Une mine est un engin placé sur ou sous le sol, conçu principalement pour exploser ou éclater du simple fait de la présence, de la proximité, ou du contact d’une personne ou d’un véhicule.  » N’empêche que toutes les mines antichars et tous les systèmes dérivés et vulnérants sont exclus du traité.
    En mettant la main sur les brevets et logiciels de la SNPE, Lacroix-Ruggieri continue d’entretenir le doute. La Société nationale des poudres et explosifs était jusqu’alors le premier fournisseur de tous les munitionnaires français. Elle produisait entre autres des explosifs industriels d’exercice et de guerre, des explosifs composites pour blindages réactifs, des explosifs composites pour la conception de munitions utilisées pour les mines sous-marines, du TNT… Enfin, dans le cadre de sa filiale de Bergerac, la SNPE était associée à l’une des sociétés italiennes de production de mines BPD-Fiat.
    Rien d’étonnant que Lacroix-Ruggieri envisage d’augmenter encore son chiffre d’affaires dans le secteur défense. Elle se retrouve aujourd’hui leader dans la production de leurres de défense, avec la bénédiction de la direction générale de l’armement, qui a encouragé ce rapprochement.

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