Conférence de presse de l’Observatoire toulousain des Pratiques Policières – 29/01/2019

Mise à jour au 17/04/2019 – Le rapport de l’OPP est maintenant disponible, après plus de 2 ans d’enquête : http://universitepopulairetoulouse.fr/spip.php?article1680

 

Résumé de la conférence de presse ci-dessous.

L’OPP (Observatoire toulousain des Pratiques Policières) existe depuis 2 ans et est composé de membres de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), de la fondation Copernic et du Syndicat des Avocat-e-s de France (SAF). Leur rôle est de constater par elles et eux mêmes le maintien de l’ordre en manifestation à Toulouse ainsi que les violences policières, mais aussi de recueillir des témoignages : vidéos, photos, audios, écrits. Le but est de faire un rapport, avec force de faits, montrant la disproportion du maintien de l’ordre et les violences commises par les forces de l’ordre.

Avant le mouvement des Gilets Jaunes, les ingrédients étaient déjà présents : le déploiement policier démesuré, le comportement des forces de l’ordre et leur armement.

Le premier intervenant, Pascal Gassiot de la Fondation Copernic, revient sur les 4 dernières manifestations des Gilets Jaunes à Toulouse, les actes 8, 9, 10 et 11, ainsi que la marche pour le climat le 27 janvier.

Il note l’heure fatidique de 16h30, où la manifestation est dispersée, avec parfois des petits incidents avant, mais rien d’important. Arrivée cette heure, on assiste alors à un grenadage important de lacrymogènes mais aussi de grenades de désencerclement. On a donc une dispersion massive, avec des mouvements de foule et une montée en colère. C’est pourquoi, bon nombre de manifestant-e-s, arrivent désormais « équipé-e-s » : casque, masque à gaz, lunettes, sérum physiologique. « On continuera à manifester quoi qu’il arrive » pouvons-nous entendre en témoignage. D’ailleurs les chiffres le montrent : en janvier, il y a toujours autant de monde dans le cortège toulousain le samedi, et même plus que fin décembre.

Quatre armes sont incriminées : le LDB (Lanceur de Balles de Défense), utilisé comme arme d’attaque, sans respect des consignes ; la grenade de desencerclement, qui comme son nom l’indique, est sensée être utilisée en cas de danger pour le/la policier-e mais à nouveau utilisée comme arme offensive par elleux ; les grenade GLI-F4 dites assourdissantes (et fabriquées jusqu’il y a peu à côté de Toulouse) contenant de la TNT et ayant déjà mutilé plusieurs personnes : pieds ou mains arrachés ; enfin les grenades lacrymogènes et les nouvelles CM3 avec une concentration plus importante de gaz : 240gr et pouvant couvrir une surface de 250m² soit 6 fois plus que les grenades lacrymogènes « classiques ». Pour rappel, le gaz de guerre est interdit par la convention de Genève.

L’attitude pacifiste des manifestant-e-s est relevée, en 8 semaines il n’y a eu « que » 2 cocktails molotov de lancé par exemple, et bon nombre de jets de pierre ou palets de lacrymos tombent à côté (puis, qu’est ce que renvoyer un palet en plastique de quelques grammes, le sociologue présent l’a relevé : des personnes renvoient les palets par réflexe et colère, créés par la violence des forces de l’ordre).

Le comportement des policier-e-s est aussi pointé du doigt : d’une part il y a les CRS et les GM (Gendarmes Mobiles), formés au maintien de l’ordre, et de l’autre les Compagnie Départementales d’Intervention (CDI) et les BAC, incompétentes sur ces questions. L’observatoire a plusieurs fois été menacé par ces dernières mais aussi empêché de voir des interventions par l’utilisation d’une lampe en mode stroboscope. Leur comportement de « cow-boys » est vivement critiqué et il convient de relativiser la violence des manifestant-e-s.

C’est au tour de Marie Toustou, pour la Ligue des Droits de l’Homme, qui rappelle leur position de neutralité pour faire des comptes-rendus les plus factuels possibles. C’est la première fois qu’ielles sont obligé-e-s de s’équiper en protections pour venir observer en manifestation. « On se croirait en état d’émeute ou de guerre » : il y a une absence du droit de manifester et une absence de démocratie.

Il y a une volonté politique de casser la manifestation à 16h30 : de dégager les manifestant-e-s. Les grenades lacrymogènes sont souvent lancées sans sommation, en grande quantité, créant ainsi de l’affolement et des situations dangereuses. Les blessé-e-s sont impossibles à compter.

La BAC qui se déguise avec un crâne de mort, la présence d’un policier en civil avec un patch des ERIS (Équipes Régionales d’Intervention et de Sécurité, qui interviennent dans les prisons), d’autres déguisés en chasseurs, sont autant d’exemples de la totale liberté et de la non remise en question de ces équipes.

Puis, Julien Brel pour le SAF, rappelle que le but d’une opération du maintien de l’ordre n’est plus de revenir au calme dans les cas présents mais de multiplier les arrestations, c’est qui est antinomique ! On a affaire à une volonté judiciaire de faire passer des manifestant-e-s devant les tribunaux, une politique du chiffre, dont se félicite la préfecture après chaque samedi en annonçant le nombre de personnes arrêtées, celles en Garde à Vue, etc. Il revient sur le rôle des brigades d’interventions (BAC et CDI), qui sont censées faire de la police judiciaire et non du maintien de l’ordre et qui sont au contact après les premières grenades lacrymogènes.

Ces brigades créent des points de fixation en se mettant au bord des cortèges. L’exemple d’une manifestation où la BAC étaient présente vers 16h30, puis s’est retirée dans une petite rue, aspirant une partie du cortège, et gazant ensuite. Quel intérêt à part déclencher des hostilités ? Et cela justifie l’utilisation des LBD, qui est utilisée comme une arme offensive (tirs dans le dos), des grenades de désenserclement etc. La loi « anticasseurs » débattue à l’Assemblée est en fait une loi anti manifestant-e-s, basée sur cette politique du chiffre. Faire peur pour ne plus aller manifester.

La préfecture n’arrête pas de répéter qu’il faut rétablir la loi or ce serait bien que les forces de l’ordre la respectent aussi : on a l’exemple des fouilles massives en amont des manifestations, avec confiscation de matériel de protection. L’observatoire lui-même a dû débattre 20 minutes en insistant pour avoir un Procès Verbal (PV) de saisine, justifiant la confiscation du matériel et obligeant les personnes à ouvrir leurs sacs. Aucun-e manifestant-e ne repart avec ces PV, et, lorsqu’ielles le demandent, ielles se font remballer.

Enfin, Daniel Welzer-Lang pour la LDH, revient sur les chiffres annoncés par la préfecture à propos des « casseurs » : le 29 décembre nous avons 1 350 manifestant-e-s dont 710 gilets jaunes et 150 casseurs et casseuses ; le 5 janvier 2000 manifestant-e-s dont 800 casseurs-ses ; le 12 janvier 6000 manifestant-e-s dont 1000 casseurs-ses, or en réalité il y a moins de 100 « profils violents » à chaque manifestation.

Pour la préfecture, lorsque les gaz sont lancés il ne reste que des casseurs-ses et ça vise à criminaliser les manifestant-e-s.

Après cette présentation du travail de l’OPP, une série d’échanges a eu lieu avec les journalistes présent-e-s. Nous avons fait remonter les chiffres de la répression judiciaire et interpellé sur la présence des voltigeurs (de retour depuis 2016 à Toulouse). Ces derniers n’existent plus officiellement depuis 1986 et la mort de Malik Oussekine et sont maintenant appelés « Bacqueux en moto » selon la police elle-même. A Toulouse, il y a une petite dizaine de motos, que nous pouvons voir au moins depuis la Loi Travail (2016). Ils utilisent leur LBD, jettent des grenades et donnent des coups de matraque depuis la moto.

Un autre exemple de déploiement policier disproportionné a été la marche pour le climat le dimanche 27 janvier 2019, manifestation déposée et pacifiste, regroupant environ 1000 personnes : 2 canons à eau, 75 CRS, 75 GM, 15 BAC et des CDI.

La question du terme « casseur » a aussi été abordée : quelle idée nous nous en faisons ? Elle reflétè une réalité différente qu’il faut déconstruire et il faut redonner une dimension politique à ce terme.

Attention à la prise d’images : c’est important de filmer les arrestations, ainsi les forces de l’ordre sont moins violentes et commettent moins de bavures. Par contre il ne faut pas les diffuser, ou seulement auprès de l’OPP, qui garde ces vidéos confidentielles et prend le temps de les flouter avant de les présenter, ou aux avocat-e-s de la personne interpellée.

L’OPP arrête ses observations entre 18 et 20h, à cause de la fatigue, et malheureusement c’est souvent à ce moment-là qu’il y a le plus de violences et d’arrestations. Ielles n’ont pas le temps de former des gens mais c’est possible de faire remonter des témoignages.

Au niveau des blessé-e-s, le décompte est très difficile à estimer : la préfecture annonce n’importe quoi (seulement les plaintes IGPN, donc ça doit être 2, 3 maximum) ; via les secours volontaires il est possible d’estimer à une dizaine de blessures graves (à vie), une cinquantaine de blessures sérieuses type fractures et des centaines de blessé-e-s léger-e-s en tout genre… Sans compter la violence psychologique. Au niveau de la violence et de la répression, nous sommes au moins au niveau de mai 68 mais plus proche de la guerre d’Algérie. Il y a un ordre politique de casser la manifestation.

L’OPP demande :

-L’interdiction du LBD en manifestation
– L’interdiction des Grenades de Désencerclement
-L’interdiction des GLI-F4
-Le retrait de la BAC en manifestation
-L’audit des CDI (Compagnies Départementales d’Intervention) : hyper équipées en manifestation mais pas formées au maintien de l’ordre

 

 

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7 réflexions au sujet de « Conférence de presse de l’Observatoire toulousain des Pratiques Policières – 29/01/2019 »

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