G7 à Biarritz. Partie 1 : police partout, contre-sommet nulle part

L’arrivée dans le Pays Basque par l’autoroute donne le ton sur la présence policière que nous allons rencontrer tout le long de cette semaine au bord de l’océan. En effet, au péage de Bayonne, même en soirée, des contrôles et des fouilles de voitures ont lieu, de façon aléatoire. Il en va de même à la plupart des péages autour de la zone « BAB » : Biarritz, Anglet, Bayonne. Les péages ne sont pas les seuls concernés car des contrôles routiers sont visibles sur la nationale entre Hendaye et Bayonne. Cette omniprésence policière est anxiogène : en roulant, il est impossible de compter le nombre de fourgons, voitures, motos de police ou de CRS que nous croisons ou qui nous suivent. On vous laisse imaginer l’effet, rouler pendant trente minutes avec trois fourgons de la police nationale derrière vous. Il est possible de signaler les contrôles via l’application Waze.

Malgré ce sentiment de vivre en territoire occupé, la saison suit son cours, avec toujours autant de touristes pour cette période, du moins en début de semaine : à Bayonne, des CRS stationnent seulement au niveau du palais de justice et de la sous-préfecture, tandis qu’à Biarritz c’est tout autour de la future « zone rouge » où aura lieu le sommet du G7. Nous avons pu croiser pas mal de policiers en civil, arborant leur carte police et d’autres en uniforme, faisant du tourisme et se prenant en photo au bord de l’océan.

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L’installation des dispositifs de sécurité a déjà commencé à Biarritz, avec la mise en place de surveillances depuis les toits mais aussi de drones. On voit aussi – on entend, surtout – avec ce bruit spécifique de rotors, des hélicoptères de la gendarmerie survoler la côte basque. On pourrait faire une liste longue comme le code procédure pénale de tout ce que nous avons vu en terme de sécurité : des équipes cinéphiles à celles de la police montée, en passant par les canons à eau. On garde cette impression que toutes les forces de l’ordre de France se sont réunies pendant une semaine sur la côte basque, comme une mauvaise version de Las Vegas Parano en étant Hunter S. Thompson sous LSD à un congrès de flics sur les stupéfiants.

Côté habitant-es, certaines banques et commerces commencent à se barricader, à Bayonne mais aussi à Hendaye, où se tient le contre-sommet.

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Un contre-sommet organisé par la plateforme G7 EZ, regroupant tout un tas de collectifs, d’organisations et de syndicats et se tenant à trente minutes de Biarritz en voiture (plus de trente kilomètres). Le camp se situe à l’entrée d’Hendaye tandis que les conférences ont lieu beaucoup plus loin, à Irun, du côté espagnol, soit à une heure à pied. Une navette est en service : le trajet coute 5 euros.

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A mi-chemin entre le camp et l’espace des conférences se trouvent les rencontres intergalactiques, où se tiennent des ateliers, rencontres, des (très bons) repas véganes, etc. De là, nous décidons de nous rendre aux conférences à pied et donc de traverser la frontière. Juste avant celle-ci, en l’espace de trois minutes, nous sommes tombé-e-s nez à nez avec un équipage de la BAC en train de contrôler deux personnes : pièce d’identité, sacs… puis sur une voiture de la police nationale, nous dépassant doucement, et s’arrêtant au milieu de la route pour contrôler une personne seule et fouiller son sac. Ambiance.

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Du côté espagnol c’est plus tranquille, avec des fourgons de la Guardia Civil postés près de Ficoba, le grand espace où se tiennent les conférences. Ces dernières sont extrêmement bien organisées et inclusives, avec des équipes de traduction via des casques empruntables. Malheureusement, toutes les salles ne sont pas de la même taille et impossible pour nous d’assister au cycle sur le féminisme, qui se tenait dans une petite salle…

A 19h30 a lieu une manifestation en mixité choisie, depuis Ficoba jusqu’aux rencontres intergalactiques : près de 300 personnes se sont élancées en brisant un mur en carton représentant des injonctions de genre et des oppressions subies par les femmes. La manifestation s’est déroulée presque sans encombres, dans les cris de joie, les chants, les slogans lancés en chœur et repris, et surtout dans cette ambiance joyeuse, solidaire et radicale propre aux manifestations féministes sans mec cis. Nous sommes malheureusement obligé-e-s de parler de ces derniers, car la manif, qui n’a pourtant parcouru que 1,6 km, a vu certains hommes cisgenres comme d’habitude incapables de respecter la non-mixité. Les militantes ont du rappeler à certains qu’ils n’étaient pas les bienvenus, jusqu’à devoir les exclure manu militari de la manifestation. Le pire étant des photographes, voulant couvrir l’évènement, quitte à prendre des photos en cachette… Aux alliés mecs, merci de faire de la pédagogie et d’expliquer en quoi consiste la non-mixité, et que les journalistes ne sont pas au-dessus de ces espaces essentiels à la lutte féministe.

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Côté répression, en plus des nombreux contrôles et fouilles, nous avons eu trois témoignages en ce début de semaine. Le premier concerne des syndicalistes de la CNT, qui se sont fait contrôler à bord de leur véhicule et se font fait confisquer du matériel militant, en l’occurrence des t-shirts, car impossible de justifier un reçu d’achat. La préfecture est intervenue et les militant-e-s ont pu récupérer leurs biens au commissariat.

Le second concerne un jeune arrivé en train à Hendaye. Contrôlé à sa sortie du train comme beaucoup de personnes, il est embarqué au commissariat provisoire qui se situe au CRA, transformé pour l’occasion. Le motif ? Du sérum physiologique. Après fouille et contrôle d’identité, sans oublier des insultes homophobes, lancées dans l’espoir de provoquer un outrage à agent, la personne sera relâchée au bout de 2h. Les flics étaient déçus de ne pas trouver de stupéfiant sur lui, car cela aura justifié un placement en garde à vue. Ils auraient aussi incité la personne contrôlée à parler : on vous rappelle votre droit à garder le silence et n’avoir rien à déclarer.

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Enfin, c’est une personne étrangère, aussi interpellée à la sortie du train et emmenée au commissariat. Elle est placée en rétention pour 24h en attendant de connaitre son sort : relâchée, OQTF (Obligation de quitter le territoire français), envoyée au CRA de Toulouse ou de Bordeaux ou bien interdit de séjour.

Le numéro de la légal team si vous êtes témoin d’une arrestation ou avoir des nouvelles de proches (avec signal c’est mieux) +336 03 09 90 14 et +34 943 09 06 30

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La suite : PARTIE 2

Pour aller plus loin :

Site d’informations autonomes : G7 Borroka

D’autres suivis : Réseau MUTU

 

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