G7 à Biarritz. Partie 2 : le triomphe du pacifisme ?

Retrouvez nos premières impressions dans la Partie 1 : Police partout, contre sommet nulle part.

Au début, on voulait faire trois parties, avec un second article intitulé « le calme avant la tempête », ou « dans l’œil du cyclone » puis conclure sur la dernière journée de mobilisation qui s’annonçait épique : entourer Biarritz  depuis différents points, encercler le G7, ne serait-ce que symboliquement. Cette action a été annulée et remplacée par un seul rassemblement, un mur humain. Oui d’accord, c’est moins impressionnant mais ça aurait pu avoir de la gueule, des milliers de personnes face à des milliers de policiers et de gendarmes protégeant sept personnes et leur suite. Annulé aussi. La raison officielle évoquée par la plateforme organisatrice du contre sommet, G7 EZ, est la suivante : « En raison d’un dispositif policier inédit, nous avons estimé que les conditions n’étaient pas réunies pour assurer la sécurité de tou·te·s participant·e·s. » Fin du contre-sommet.

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Revenons à la veille, soit le samedi : le matin une manifestation était organisée dans le cadre du programme officiel du contre sommet, depuis Hendaye jusqu’à Irun, de l’autre côté de la frontière. Pour rappel, le contre sommet se tenait à plus de trente kilomètres de Biarritz, autant dire que les implants capillaires de Trump ont autant tremblé que suite à un pet de mouche. Cette manifestation a réuni de 10 000 à 15 000 personnes, pendant 2h, dans une ambiance chaleureuse, sous le soleil basque. Une violente interpellation, dont nous ne connaissons pas le motif, a eu lieu dans un bar en fin de manifestation. La première d’une longue série pour cette journée, qui comptera 68 arrestations débouchant sur 38 gardes à vue ( suivi de la journée : G7Borroka.info ). En effet, l’après-midi, une manifestation était appelée à Bayonne pour l’acte 41 des Gilets Jaunes. La plupart des interpellations ont été effectuées en amont, soit sur la route entre le lieu du contre-sommet et Bayonne, avec de nombreux contrôles et fouilles des véhicules, soit sur des personnes à pied voulant se rendre en ville. Bayonne ville morte pour l’occasion, vidée de ses habitant-e-s préférant partir pour le weekend ou restant chez elleux. Les fouilles sont systématiques, et plus ou moins cordiales, des personnes se font contrôler plusieurs fois.

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Lors de ces fouilles et contrôles préventifs, des personnes ont été embarquées, comme un allemand pour « port d’arme ». On notera la coopération internationale avec des basques espagnol-e-s interdit-e-s de territoire en France et dont la police française posséderait une liste avec plus de 500 noms, mais aussi la présence de la guardia civil ou de la police allemande.

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Du monde arrive petit à petit à Bayonne, mais on imagine que la route et le dispositif sécuritaire ont dégouté plus d’une personne de venir. Au bout d’un moment, les DRAP (Dispositif de Retenue Autonome du Public) ou les camions avec de grandes grilles, ont bloqué chaque pont sur la Nive, empêchant de se rendre dans le vieux Bayonne sans justificatif de domicile. Le maire de la ville a même été bloqué.

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Plusieurs centaines de personnes se sont élancées, depuis la fac de Bayonne jusqu’à la Nive, pour se retrouver empêchées d’avancer à chaque pont. Elles font alors demi tour vers l’autoroute mais préfèrent finalement bifurquer vers l’Adour et aller en direction du pont Saint-Esprit, où attend un canon à eau. Quelques pétards ont suffit à provoquer l’arrosage d’une partie de la foule, douche accompagnée de grenades lacrymogènes. Retour au point de départ, devant la fac. Pas refroidi pour autant, le cortège repart à nouveau vers la Nive mais reste à son niveau. Un petit groupe de personne réussit à se rendre de l’autre côté, nassant ainsi les gendarmes mobiles présents sur un des ponts, mais ce groupe se fait vite repousser. Pendant ce temps, des affrontements éclatent devant les DRAP, avec des tentatives vaines pour les enfoncer. Une escouade d’une vingtaine de voltigeurs arrive de l’autre côté de la Nive, en saluant la foule.

 

Passé le spectacle, une équipe de gendarmes mobiles surgit de derrière les grilles pour tomber sur une personne et l’interpeller violemment. Un tas de reporters se précipite pour immortaliser la scène. Dans la confusion, une GLI G4 est lancée. On ne déplore heureusement pas de blessé-e grave… Sachant que Bayonne est traversée par plusieurs cours d’eau, sur lesquels des pompiers patrouillaient régulièrement, cette action aurait pu avoir de plus graves conséquences. Les ruelles sont saturées de gaz, impossible de voir devant soi. Sans matériel de protection – car nous aurions eu pris le risque de nous faire embarquer – nous n’avons pas pu rester longtemps. Du monde se retrouve à nouveau devant la fac, pour discuter et se demander pourquoi il y avait si peu de monde (à peine un millier de personnes). Le soir, nous apprenons que la BAC continue de roder dans les rues de Bayonne et que des interpellations ont lieu.

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Journée en demie-teinte donc, avec une manifestation pacifique le matin, loin de tout sommet du G7, suivie d’une manifestation étranglée avant même qu’elle puisse commencer l’après-midi.

Le lendemain, dimanche, c’est une tout autre ambiance à Bayonne avec la marche des portraits de Macron, subtilisés dans différentes mairies. Le parcours était équivalent à celui de la veille, du moins nous passons par les mêmes rues pour terminer devant la fac et l’église St-André. En revanche, nous ne croisons pratiquement aucun policier. S’en suit un discours, où à la question du devenir des portraits intervient : quelques « brûlez-les » surgissent. Aucun mot sur la répression du contre-sommet depuis son début, même pas sur les peines de prison ferme. L’accent est seulement mit sur deux activistes ayant décroché des portraits, soulignant que c’était à visage découvert, qui ont pourtant été relaxé ou ayant eu une amende avec sursis (ce dernier procès devrait passer en appel).

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On pensait que le contre sommet du G7 s’arrêterait là-dessus, après l’annulation des évènements par les plateformes d’organisation pacifistes, mais deux manifestations ont pourtant lieu l’après-midi. L’une à Hendaye en soutien aux personnes interpellées, qui tente de s’approcher le plus près possible du CRA, transformé en commissariat provisoire avec 300 cellules pour les gardes à vue. L’autre est appelée par des Gilets Jaunes à Bidart afin de se rendre à Biarritz ; les quelques dizaines de personnes présentes se font rapidement nasser et sont restées plus de 2h coincées en plein soleil. Enfin, à 17h à Bayonne un nouveau rassemblement est appelé en soutien à nouveau aux personnes interpellées : résultat, les ponts à nouveau bloqués par les camions grilles et plus de CRS et de gendarmes que de manifestant-e-s, divisé-e-s de part et d’autre de la Nive. A nouveau, des fouilles et des interpellations. La plupart des personnes interpellées sont heureusement sorties libres ou avec des convocations ultérieures. Pour aider la légal team : cagnotte. Pour d’autres retour, il y a notamment le réseau MUTU avec des articles ici ou un suivi là.

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De notre côté, après une semaine sur les lieux, nous n’avons noté qu’une seule victime de l’anticapitalisme (ci-dessus). De son côté, le capitalisme a tué au moins six personnes au travail en France ; les frontières, on ne sait même pas, des embarcations disparaissant sans laisser de traces, le chiffre de 2260 personnes en 2018 rien que pour la Méditerranée est donné. Le patriarcat a encore de beaux jours devant lui avec maintenant 95 féminicides en France, depuis le début de l’année. La société et la planète brûlent, tandis que 7 personnes protégées par un dispositif hors norme s’accaparent le destin de la planète. Pendant ce temps, l’organisation du contre-sommet se félicite d’avoir réussi à rassembler 5800 personnes lors de conférences et d’avoir organisé une manifestation loin de tout centre de pouvoir. Ce (contre) sommet est une réussite pour le vieux monde, qui n’aura pas tremblé.

Pour aller plus loin, déclaration de Désarmons-Les : « Déclaration sur l’imposture “plateformiste”

 

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