Incendie au plus grand squat de Toulouse ou les conséquences du racisme d’État

Photos : Ben Art’Core. Son site web / Sa page Facebook

C’est en colère qu’on se réveille ce matin, le lendemain de l’incendie ayant eu lieu au 44 avenue de Muret, où vivent environ 600 personnes. Des réfugié-e-s en grande majorité, ayant déjà tout perdu, et risquant de tout perdre à nouveau, si ce n’est pas déjà le cas : une centaine de chambres auraient été touchées selon la préfecture, nécessitant l’intervention utile de 90 pompiers, et celle inutile, voire dangereuse, de 54 policiers. Nous y reviendrons.

EP8vYhzXkAEInGY
Devant le squat Avenue de Muret (Ben Art’Core)

On ne va pas s’attarder sur les faits : un accident dans un lieu vétuste entrainant un départ de flamme, mais dont les origines sont beaucoup plus profondes. Comment 600 personnes se retrouvent à squatter un ancien bâtiment appartenant à EDF ? Cette situation ne dure que depuis mai 2019 : avant, pendant un an, c’était des bureaux qui était occupés à Saint-Michel, au Squat Russel, par ces mêmes personnes, dont le nombre a augmenté entre temps. Obligées de partir suite à un procès, ces personnes n’ont eu d’autre choix que de trouver un nouveau lieu : « La préfecture nous a expulsés en juillet 2019, sans nous proposer de solution pour la suite. Nous avons dû nous-mêmes nous chercher un nouveau toit. » pouvons-nous lire sur cet appel à soutien fin octobre 2019, à la veille de la trêve hivernale, moment où les expulsions vont bon train, qu’elles soient locatives ou de squats. Est-il nécessaire de rappeler la quantité de logements vacants ? On ne parle même pas des bureaux et des batiments vides. En 2018 , « à Toulouse, il y a environs 23 457 logements vacants intra-muros. Ils étaient au nombre de 18 261 en 2009, et le chiffre monte à 46 776 si on prend l’ensemble de l’aire urbaine » (à lire ici : 2.8 millions de logements vides en France : on choisit la réquisition !).

Retour à l’avenue de Muret et à la violence d’État, si nous nous en sommes seulement extrait-e-s un moment. L’évacuation du bâtiment était nécessaire, les pompiers étaient sur place, ainsi que les pros du maintien de l’ordre. Pour éviter de les croiser – normal tu vois : quand tu as traversé des frontières maritimes et/ou terrestres en risquant ta vie pour atteindre la forteresse Europe et que tu ne veux pas tomber sur tes oppresseurs ; pays différents, même casquette – plusieurs personnes ont escaladé le grillage de deux mètres pour sortir hors de l’enceinte du bâtiment, se mettant en danger mais calculant par rapport au risque de se faire embarquer en centre de rétention, ou renvoyer en avion hors des frontières du pays des droits de l’Homme. C’est à la mode en ce moment à Toulouse : les rafles et les expulsions dans la foulée, en allant chercher les enfants à l’école, sans possibilité de récupérer ses quelques affaires.

EP8vYhyWkAE_TYt
Devant le squat Avenue de Muret (Ben Art’Core)

Une fois toutes les personnes saines et sauves, s’est posée la question des affaires, laissées sur place. On se souvient de l‘incendie Rue Bayard en janvier 2019, où il a fallut de longues semaines aux habitant-e-s pour pouvoir récupérer leurs biens ou ce qu’il en restait : des vols avaient au lieu entre temps. La faute au temps et aux procédures. Pour l’avenue de Muret, un policier, après avoir annoncé qu’il serait possible de récupérer des affaires le jour-même, fit marche arrière car la nuit arrivait. Quand tu as tout ce qu’il te reste de matériel, portable, vêtements et papiers, dans un espace occupé par des centaines de personnes, ton chez toi, et qu’on t’annonce que tu ne peux pas les récupérer pour des raisons de sécurité, alors que l’incendie est éteint, comment dire ?.. Réponse simple du côté des bleus : gazeuse à main, dispersez-vous.

La mairie de Toulouse, dans sa grande mansuétude, a mis à disposition des gymnases et des bus. D’après France bleu, la préfecture a annoncé que les gymnases resteront ouverts « jusqu’à ce  qu’une solution adaptée au regard de chaque situation personnelle puisse être mise en œuvre par l’Etat, en lien avec les services de la Mairie de Toulouse. Les locaux du site de l’avenue de Muret ne pourront pas être réintégrés, le bâtiment ne présentant pas les conditions de sécurité requises ». France 3 nous apprend que 182 personnes ont choisi cette solution, le soir du 4 février, soit moins d’une personne sur trois. Plus de 400 personnes à la rue donc. Et le jour suivant, et celui d’après ? Pourquoi refuser les solutions proposées par la préfecture et la mairie ? C’est très simple : en plus du fichage, le risque de se faire embarquer est trop important. Leur tort ? Ne pas avoir les bons papiers, voire les avoir perdus dans l’incendie.

Il sera possible pour les habitant-e-s de récupérer leurs affaires à partir de 14h ce mercredi. Mais ensuite ? Où aller ? Cet incendie peut être un prétexte et l’occasion rêvée pour le propriétaire de fermer, condamner ou détruire ce bâtiment. On n’évoquera pas les communiqués de soutien et les beaux discours des politicien-ne-s à l’approche des municipales, déjà parus ou à venir. La situation est connue depuis longtemps : combien d’incendies, de mort-e-s, d’expulsions, de séjours en centre de rétention faudra-t-il avant qu’on abolisse les frontières et les papiers ? Ou de façon plus pragmatique, comme on ne peut pas tout avoir immédiatement : la liberté de circulation pour tou-te-s. On ne le répétera jamais assez : aucun être humain n’est illégal.

Le soir-même, nous avons appris qu’un autre incendie avait eu lieu, au Centre de Rétention de Vincennes. Encore une fois des sans-pap’, des réfugié-e-s… « Tous les prisonniers sont dans la cours, encerclés par les keufs qui les empêchent de bouger, en les laissant sous la pluie. »

Heureusement, la solidarité s’organise et il n’est jamais trop tard pour aider, pour relayer les personnes s’organisant sur le terrain, depuis des années ou depuis hier, leur permettant de souffler – attention au burn-out militant. Le prochain rendez-vous est ce jeudi à 14h à La Chapelle. Il est aussi possible d’aller sur place au 44 avenue de Muret pour discuter, apporter à manger, être présent-e.

Pour vous tenir au courant de l’évolution de la situation, nous vous renvoyons sur le site d’information participatif iaata.info, mais aussi les pages Collectif Russel, REPIT, etc. On va également faire le suivi de la situation sur notre Facebook et Twitter.

Information reçue le 05/02 :

Le squat de l’avenue de Muret va rapidement être muré et ne sera plus du tout accessible.
Il est bien sûr très important que les personnes qui y vivaient puissent récupérer leurs affaires, particulièrement les documents administratifs et les traitements médicaux.

Cette récupération se fera sur 3 plages horaires :
– aujourd’hui de 13 à 16h pour les personnes qui dorment au gymnase Empalot
– aujourd’hui de 16 à 19h pour les personnes qui dorment au gymnase Cépière
– demain de 9 à 12h pour les personnes qui ne dorment pas dans les gymnases

Il ne sera pas possible de récupérer les meubles et l’électroménager.
Seuls les documents administratifs, vêtements, médicaments, produits d’hygiène, vélos et autres petites affaires personnelles pourront être récupérés.

Il n’y aura pas de présence policière afin de ne pas inquiéter les personnes.
Les associations sont sollicitées pour venir aider afin que ces récupérations se passent au mieux

 

Infos venant de la marie et du CEDIS (05/02) : Il n’y a pas d’espace prévu pour stoker les affaires évacuées des gens expulsés par la mairie. Seulement les affaires encore présentes dans le bâtiment seront stockées dans un entrepôt payé par EDF à Blagnac. L’accès à cet entrepôt sera possible une seule fois par famille/personne, les autres fois il faudra payer pour y accéder. Cet entrepôt sera mis à disposition dans quelques jours.

Les personnes qui sont présentes dans la rue devant le squat avec leur affaires ne seront pas évacuées ce soir mais certainement d’ici demain…. Il y a une centaine de personnes n’ayant pas la possibilité de bouger leurs affaires ni de les stocker là maintenant dans l’immédiat, et qui se retrouvent a devoir rester là, dans la rue, pour garder leur affaires.

 

MAJ : On apprend ce soir (5 février) que la répression commence avec deux interpellations et une voiture embarquée en fin d’aprem. Une personne est toujours en garde à vue. Une troisième a pris une amende pour avoir traversé hors les clous. Il y a des provocations de la part des forces de l’ordre.

 

Pour faire un don aux habitants de Muret, maintenant à la rue, en situation de détresse absolue  : Aide d’urgence pour les habitants du squat Muret
Cette cagnotte est montée en accord avec le Collectif Russel et servira à financer l’achat de produits de première nécessité et notamment colis alimentaire, lait et couches pour bébé (il y a de nombreuses familles), équipement urgence.

Une réflexion au sujet de « Incendie au plus grand squat de Toulouse ou les conséquences du racisme d’État »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s