Réforme des retraites : 49-3 à Toulouse

On se souvient de la dernière utilisation du 49-3 le 10 mai 2016 lors du mouvement contre la Loi Travail, et que des milliers de personnes s’étaient retrouvées place du Capitole et avaient défilé dans les rues de Toulouse au son de « Toulouse, Toulouse, soulèves-toi !« . Gaz, matraquages et arrestations étaient au menu : une personne a été emmenée à l’hôpital par les pompiers avec le crâne ouvert.

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Moins de deux semaines après la présentation du projet de loi sur la réforme des retraites à l’Assemblée Nationale, le gouvernement décide de le faire passer en force en utilisant l’article 49-3. Ce n’est pas une surprise, malgré la mobilisation massive depuis décembre contre ce projet (ici et à Toulouse), et de façon plus générale contre la politique de Macron et contre la vision du monde qu’il représente, que nous retrouvons à l’échelle locale avec Moudenc (ici et , entre autres).

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Partout en France, des rendez-vous étaient appelés le jour même de l’utilisation du 49-3 : dans la ville rose, quoi de mieux que la place du Capitole. Même si le risque de nasse est grand, il faut bien un symbole.

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A 18H30, ce sont une cinquantaine de personnes qui se sont retrouvées sous la pluie, accompagnées d’un camion à eau bien dérisoire face aux cieux, d’une douzaine de camions de CRS, de la BAC et de la Compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) ou de la Brigades de recherche et d’intervention (BRI), on ne s’y retrouve plus parmi tous ces acronymes et surtout devant ces démonstrations de force viriles d’un pouvoir aux abois.

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Une personne matraquée à terre

La place du Capitole était interdite aux rassemblements jusqu’à 19h, comme depuis plusieurs mois, acte 68 des Gilets Jaunes oblige. Il n’en fallait pas moins pour dégager les quelques personnes présentes, en les repoussant à la main et au bouclier, puis à la grenade lacrymogène. Il était tout juste 19h.

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La place du Capitole sous étroite surveillance

Du monde s’est ensuite rassemblé au niveau du métro Capitole, à défaut de pouvoir aller sur la place : plusieurs centaines de personne à vue d’œil, et quand le cortège s’élança rue d’Alsace Lorraine jusqu’à un millier. Par la suite, les différentes dispersions nous empêchent de donner un chiffre exacte, quoi qu’il en soit, du monde et de l’énergie. Dans les slogans entendus on en retiendra un : « Tout doit disparaître, c’est écrit sur les vitrines !« 

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Le cortège tenta par deux fois d’atteindre la place du Capitole via la rue Saint-Rome : à chaque fois, tir de barrage de grenades lacrymogènes, qui avec l’étroitesse de la rue et l’humidité ambiante, restaient dans l’air et le saturaient. Impossible de respirer sans masque ou de voir quoi que ce soit. Plusieurs personnes ont ainsi dû être évacuées et prises en charge par des équipes de streets-médics, ou secours volontaires, on ne sait plus où ielles en sont. Au moins trois personnes ont également été soignées suite à des impacts de palets de grenade lacrymogène : une au ventre, une autre au crâne et une dernière à l’oeil/arcade.

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L’air était saturé de gaz

Après ces tentatives ratées, des vas et viens eurent lieu rue d’Alsace Lorraine, entrecoupés par des tirs de grenades lacrymogènes, pour disperser les cortèges se formant et se défaisant. Des barricades plus ou moins grosses se montèrent et les premiers feux apparurent, malgré la pluie. De potentiel-le-s candidat-e-s à Koh Lanta ? Les cortèges se retrouvèrent à Wilson puis à Jean Jaurès, bloquant la circulation.

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Rue d’Alsace Lorraine

C’est là que tout devint encore plus confus que ce ne l’était déjà : la circulation était bloquée par la manifestation et des grenades tombèrent au milieu des véhicules, créant des mouvements de panique chez les conducteurs-trices, certaines voitures recevant même des grenades. Suite de l’inconscience des forces de l’ordre : une charge de la CSI ou de la BRI (on ne sait toujours pas) dans le but d’interpeller une ou plusieurs personnes, sur le boulevard de Strasbourg, au milieu de la circulation. Course poursuite et réflexes individuels pour échapper aux flics : une personne agrippée et poussée à terre, d’autres courant au milieu des voitures… Au moins une interpellation à ce moment-là ou peu après.

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Jean Jaurès sous les gaz

Puis, différents groupes revinrent à Jean Jaurès et repartirent au gré des grenades lacrymogènes, tels une marée érodant petit à petit le moral des forces de l’ordre depuis 68 samedis. Une banderole surgit, mais se fit rapidement confisquée. Une personne a aussi été attaquée par un petit groupe d’extrême droite, aux abords de la manifestation. Ce groupe s’est enfui derrière les flics. Normal on a envie de dire. L’extrême droite n’est pourtant pas visible à Toulouse et n’est certainement pas la bienvenue : souvenirs du non-passage de Ménard il y a peu.

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Barricade en feu sous la pluie

Une manifestation nocturne avec un goût amer, déjà en 2016 on pouvait entendre qu’on se faisait doublement réprimer : par le gouvernement et l’utilisation du 49-3 et par les flics et leur violence. Chaque mois nous franchissons un pas de plus dans le tout répressif, et beaucoup ne trouvent plus de plaisir à venir en manifestation à cause des violences policières, ayant de réelles conséquences psychologiques. Pourtant il y a toujours du monde présent, encore plus lors des moments de convergence, lorsque les syndicats ou les organisations ne font pas des manifestations dans leur coin. Le point de bascule approche-t-il ? Des raffineries étaient en grève, idem pour la SNCF, les avocat-e-s ont pris le relais et attendent que d’autres professions les rejoignent. Les hôpitaux craquent. Ne soyons pas spectateurs-trices de la fin de leur monde, mais bien les fossoyeurs et fossoyeuses de celui-ci !

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Moudenquerie le soir-même

Un prochain appel est annoncé lundi 02 mars à 18h30 place du Capitole, toujours en réaction à l’utilisation du 49-3, mais aussi à 17h30 devant la préfecture par la CGT. Au total, la préfecture annonce 4 interpellations pour « dissimulation de visage, destruction et dégradation de bien, violence volontaire sur personne détentrice de l’autorité publique et participation à un attroupement ».

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