7-8 Mars 2020 : « on se relève, on se révolte. » Week-end de luttes féministes.

« Ça y est, on y est » ; c’est ce qu’on se dit tou·te·s ces dernières années, pour se donner du courage et aussi parce que merde, on n’en peut plus et enfin on peut, enfin on ose gueuler.

Les meufs, trans, racisées, blanches, cis, tds, gouines, vieilles, jeunes, riches, les actrices, les précaires, celles qui portent le voile, les grosses, les poilues, les violentes, les non-binaires, les mecs trans, les handis, les valides, enfin tou·te·s quoi, on descend dans la rue, on partage sur les réseaux, on dénonce, on va chanter, on danse, #metoo, on envoie chier la famille et les copains relous, on emmerde le macho dans la rue, on sort de la salle des César, on dessine, on colle sur les murs, et parfois on y écrit aussi, on détruit des vitrines, on fait des conférences, et des podcasts, et des films, et des docu, on s’éduque et quand on a l’envie on éduque les autres aussi.

Alors ça y est, on y est, mais y’a toujours ce foutu patriarcat et son vieux monde qui refusent de tomber. Ça nous essouffle, ça nous tabasse, ça nous épuise, ça nous crève, mais pour chaque nouveau coup, pour chaque nouveau meurtre, pour chaque nouvelle insulte, on se relève, on se soulève et on est de plus en plus nombreux.ses, en France et ailleurs on descend, ensembles, fièr·e·s, vener·e·s et pas prêt·e·s à s’taire.

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Toulouse – marche de nuit en mixité choisie du 7M

Récits d’un week-end de luttes féministes à travers le monde, à l’occasion de la journée internationale du droit des femmes (8 Mars) :


7 Mars – Paris, France

thread de Collages Féminicides Paris, violences policières manif de nuit 7M

« PARIS 7 MARS 2020

MÉCHANTE AMBIANCE

Quand je sors du métro à Place des Fêtes, je réalise que je suis super bien entourée. Une foule immense (oui oui, plusieurs milliers de personnes) en mixité choisie. Certaines portent des flambeaux, les pancartes forment une forêt de messages tous plus inventifs les uns que les autres. On s’attarde sur chaque slogan, chaque dessin, tout nous émerveille dans ce grand rassemblement à l’aura si puissante. Haenel et Despentes sont les plus citées ; une sorte de camaraderie fondée sur ces références communes semble souder la foule.
La foule se met en branle et fait son premier arrêt devant la façade d’un resto appelé Chez papa. Ça commence bien.

« Nous sommes fortes,
nous sommes fières,
Et féministes
Et radicales
Et en colère ! »

Et un joli « siamo tutti antifacisti ». Un premier fumigène rouge est allumé, on chante, on crie, c’est le début de notre plus belle balade collective.

FAIRE DU BRUIT

Les rues d’abord étroites puis les avenues plus larges nous donnent l’impression d’une déferlante de meufs déters, occupant l’espace physique mais aussi sonore. Les batucadas donnent le rythme, on est tellement que les slogans semblent être toujours décalés entre l’avant et l’arrière de la manif. Les gens ouvrent les fenêtres, sortent sur les balcons. À plusieurs reprises, la foule sera soutenue par des personnes qui chantent en cœur depuis les hauteurs, de tous âges (coucou à la dame qui est venue danser en tapant sur une casserole !). Ce jeu nous amuse beaucoup et participe à l’ambiance rigolarde de la marche. Chaque allumage de fumigène est acclamé et on danse dans la fumée.

LA RUE EST A NOUS
2,6km, pendant 3h : la rue et la nuit nous appartiennent. Nous qui sommes si habitué·e·s à avoir peur, à s’y sentir seul·e·s et peu serein·e·s, voilà qu’ensemble on ne craint plus rien ni personne.
Ce long trajet (place des Fêtes à place de la République) nous permet de descendre la rue de Belleville, entonnant nos chants avec la vue sur la Tour Eiffel. Trop la classe. Un peu plus bas dans la rue, on s’assoit toustes, avant de se lever en sautant et chantant, dans une euphorie générale. A l’arrivée à République, on est encore des milliers, et à chaque coin de la place brillent les gyrophares des nombreux camions de police.

POLICE NATIONALE MILICE PATRIARCALE
Les flics nous ont accompagné·e·s sur tout le chemin, souvent en se plaçant devant les DAB. Petite embrouille au moment où l’un d’entre eux confisque un pochoir alors qu’une manifestante inscrivait un message sur un passage piéton. On a crié « Toutes les meufs détestent la police » et d’autres slogans anti-flics. J’ai quitté République avant le gazage et les violences de la fin, ne gardant comme dernier souvenir que les 3h30 galvanisantes de joie féroce, nos cris et nos énergies mêlées.

CISMECS
La marche était annoncée en mixité choisie sans mecs cis (et c’est ce qui a fait qu’on s’y sentait si bien !) mais on en a quand même croisés quelques-uns, notamment deux types qui disaient accompagner leurs copines à leur demande. Mettre dehors ces mecs c’était mettre dehors les meufs qui étaient avec eux. Pour ma part, après avoir rapidement discuté avec eux, j’ai pas insisté et leur groupe est parti vers l’avant.

SCÈNE DE FIN
Le dernier moment que j’ai passé dans la manif restera gravé dans ma mémoire : un petit groupe de jeunes, perché sur des toilettes publiques, faisant chanter la foule avec une énergie sans limites. Une pancarte « this is not consent » avec une culotte, et une autre « femmes victimes de violences, on vous croit ». L’enthousiasme collectif semblait une flamme que rien ne pourrait éteindre.
La marche s’est terminée dans les violences que l’ont sait. Rien de nouveau puisque ce genre de manif est tout le temps réprimée (cf manif de nuit à Toulouse du 25 novembre 2018 par exemple). Sauf que cette fois, on en a parlé.

MEILLEURE MANIF DE MA VIE
Ensemble on s’est senties fort·e·s, légitimes, toujours autant en colère mais dans une colère partagée et ça, ça donne beaucoup d’espoir.
Et aussi : soutenu·e·s. Tous les messages collés, tagués ou criés le long de la marche ont eu, je pense pour beaucoup d’entre nous, l’effet d’un grand câlin rassurant. À ce moment et dans cet espace, on nous croit, on nous soutient, on nous écoute, on nous comprend.
La foule était bienveillante, sans bousculade, plutôt des personnes qui s’excusent et se remercient lorsqu’on se pousse par inadvertance. Beaucoup de sourires.
Tout le long, on a l’impression de faire partie d’un truc historique. Le contexte semble avoir répandu la nécessité de se réunir en mixité choisie, et en affirmant plus fort que jamais l’intersectionnalité. Pas de féminisme sans les trans, les TDS, les gros·se·s, les exilé·e·s. »

À voir : Photos par La Louve


7 Mars – Toulouse, France

thread du CAMé, suivi de manif de nuit 7M

« 7 mars, 22h, Jean-Jaurès, départ de la manif en non mixité choisie, accompagnée de la batucada, de la chorale et des « Schnecks mobiles ». Le cortège (400 ? 600 personnes ?) parcourt les petites rues bourgeoises du centre-ville de Toulouse. Il semble que ce soit pour beaucoup de personnes leur première marche de nuit, ce qui n’amoindrit pas la détermination générale, au contraire : tou·te·s sont fièr·e·s, vénèr·e·s, pas prêt·e·s à s’taire et ça s’entend fort, dans la bonne humeur générale. Les colleuses sont là, beaucoup taguent, un beau boulot d’équipe mené loin des forces de l’ordre, plutôt absentes lors de ce parcours, excepté une douzaine de bacqeux en fin de cortège, tranquillou. Rue Pargaminière, plusieurs altercations entre les manifestant·e·s et les clients ou patrons de bars.                                                                                                  Arrivé sur la place St-Pierre, le cortège s’engage sur le pont afin de rejoindre St-Cyprien. Rapidement, une lacrymo est lancée à l’arrière du cortège. Rien de grave, mais cela suffit pour créer un petit mouvement de panique. Problème : les flics bloquent le milieu du pont, avec plusieurs camions. Visiblement, nous sommes nassées, fin de la fête. La main sur le cœur, les forces de l’ordre laissent 30 min à la manifestation pour se disperser. Le temps donc de finir avec la chorégraphie et chanson chilienne, « le violeur c’est toi », dansée par plusieurs personnes concernées ; une performance qui a donc lieu au milieu d’un pont, face aux flics. Des manifestantes commencent à partir, au compte-goutte. Une sortie collective serait pourtant envisageable : vers St-Pierre, la rue Pargaminière n’est bloquée que par une dizaine de flics tandis que la BAC protège le Saint des Seins. Le nouveau slogan « On est 400, ils sont que 10, qu’est-ce qu’on attend pour foncer dans la police ? » ne suffit pas à convaincre et nous revenons finalement vers St-Pierre poussées par les camions des forces de l’ordre, avant que l’organisation de Toutes en Grève ne déclare la dispersion de la manif, rdv demain 16h, allez salut. Il ne restera qu’une centaine de personnes à St-Pierre, quelques slogans et finalement l’arrestation ciblée d’une personne par la BAC, libérée le lendemain.
Une manifestation joyeuse donc, hyper motivante, comme en produit les évènements en non-mixité, celles ou la voix se casse à force de crier de rage et dont nous revenons gonflées à bloc. »

[La personne arrêtée a fait 12H de Garde À Vue et sort avec un rappel à la loi.]

« Samedi, je suis allée à la manif de nuit en mixité choisie (femmes et minorités de genre) de Toulouse, et c’était une superbe expérience (jusqu’à ce que les flics interviennent bien sûr, vous savez comment ça finit toujours). On est parti·e·s de Jean Jaurès, on était vraiment nombreux·ses, j’étais assez étonnée à vrai dire. Il y avait des pancartes par dizaines, sur les féminicides, sur les viols, sur le sexisme dans son ensemble. Tout le long de la manif, on a chanté, chanté contre les machos, contre les fachos, contre les violeurs, contre Polanski, contre l’état, contre Macron, contre les flics, contre le système judiciaire. Mais on a aussi chanté pour nous. Pour les femmes, pour les tds, pour les personnes trans, pour nos sœurs et nos adelphes à travers le monde, pour toustes celleux qui ouvrent leur gueule et hurlent leur fierté et leur colère. On a défilé en brandissant nos poings, en élevant nos voix, on a tagué et collé des messages féministes sur notre parcours. On gueulé que la rue est à nous et on l’a montré, jusque sur la place du Capitole. Et on a continué aussi longtemps qu’on l’a pu. Jusqu’à la place Saint-Pierre, puis sur le pont. C’est sur la place qu’une partie du cortège a été gazée, et sur le pont qu’on a été nassé·e·s. Je suis partie à ce moment-là, après avoir chanté contre ces flics qui viennent encore une fois nous faire taire. Mais je sais qu’ils ont fini par faire sortir les personnes au compte-goutte, et qu’une manifestante a été interpellée. On s’en sort mieux qu’à Paris, mais ça reste rageant, parce que notre colère est légitime et parce que notre voix doit être entendue, mais surtout parce qu’il est fatiguant de voir les moyens déployés pour nous faire taire tout en constatant à quel point la police et le gouvernement sont passifs quand il s’agit de prendre des mesures contre les violences que l’on subit. C’est épuisant. Et dans les jours qui ont suivi, tout ce que les médias ont retenu, ce sont les tags. Certes, les statues auraient peut-être dû être évitées. Mais quand l’on s’indigne plus d’un peu de peinture sur une vitre, facilement effaçable, que des traces indélébiles du patriarcat sur nos vies, des violences que l’on subit, du niveau de colère et de fatigue que l’on doit atteindre pour en arriver là, c’est qu’il y a un problème. On sait désormais que demander gentiment ne marche pas, et que pour avoir du changement il faut faire désordre, puisque l’ordre actuel convient très bien aux dominants, il maintient leurs privilèges. Avec eux, ce sera toujours l’acceptation de nos revendications dans une certaine limite, car au-delà, leur confort est remis en question. Mais nous, on n’a plus le temps d’attendre, ça fait trop longtemps. On ne se plie plus au cadre dans lequel les dominants enferment les dominés pour les laisser s’exprimer, mais pas trop. Oui, on gueule, on reprend l’espace, on devient visibles. Ça emmerde, et c’est censé le faire. La peinture, ça part. Les dégâts du sexisme dans nos vies, non. Et c’est fatiguant de voir que les gens ne comprennent toujours pas cela. Mais malgré tout, je garde de cette soirée un bon souvenir. C’était une soirée où je me suis sentie soutenue. J’avais tout autour de moi des personnes qui ont les mêmes déceptions, les mêmes colères, et cette sororité qui nous unissait m’a redonné de l’espoir. Parce que je sais que, peu importe combien de fois on essayera de nous silencier ou nous invisibiliser, nous sommes fortes, nous sommes fières, féministes, radicales, en colère, et on ne nous fera plus taire. »

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8 Mars – Paris

« 8 MARS : RIEN A VOIR AVEC LE 7

La grande marche du lendemain : sous la pluie, un peu chiante. Étrangement on n’ose plus hurler et chanter à l’unisson. L’espace occupé par les mecs cis réduit notre capacité à ouvrir la bouche et faire du bruit, d’ailleurs ils prennent aussi beaucoup de place dans l’espace.
A la fin alors que la tête du cortège scande des slogans anti-flics (« toutes les femmes détestent la police/les mecs cis ») sont remplacés par « tout le monde » par des relous, les flics marchent à reculons, collés aux manifestant·e·s.
A l’arrivée à République, les fachos de Nemesis se sont pris La Défense antifa en pleine poire. Vrai moment de cohésion de la foule. »

A lire : communiqué « Le 8 Mars ne se fera plus sans les lesbiennes » sur facebook et insta

A voir : Photos par La Louve


8 Mars – Toulouse, France

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« Celle du 8 mars était globalement bien moins féministe, radicale et en colère [que celle en non mixité de la veille ndlr] : mou, long, sans espace réel sans mecs cis puisque nos « alliés » ne le sont visiblement pas assez pour respecter un cortège de tête en non-mixité. Ceux-ci, très nombreux à taper l’incruste – et on compte même pas les photographes, que nous n’avons jamais vu aussi étouffants, obligeants certaines personnes à se masquer pour éviter de finir en Une de la Dépêche – étaient quasiment indélogeables. Bonus : ceux qui marchaient avec un petit slogan féministe : quitte à être culottés, autant le faire à fond. La manifestation est donc partie de la médiathèque à 16h pour arriver à Esquirol un peu avant 19h. Quelques irréductibles ont tentées St-Cyprien, une manif sauvage rapidement réprimée. La manif, dense, maintenait une ambiance à peu près au niveau d’une promenade CGT sans merguez : des chants dispersés, qui semblaient de moins en moins convaincus et de plus en plus fatigués, qui n’engageaient à chaque fois qu’un petit groupe. En gros : on a piétiné avec des pancartes dans une ville vide. Nous étions cependant nombreuses, mais la question se pose : une plus grande popularité de la marche du 8 mars, probablement en partie motivée par la récente attention médiatique autour des féminicides et celle des Césars, la condamne-t-elle à devenir une sorte de fourre-tout « égalitariste » ? « 

 crédits photo : @ubrumesph_ sur instagram  

TW VIOLENCES SEXISTES

[Témoignage post-manif, d’une copine chilienne en France, traduit de l’espagnol] – parce que nos manifs nous donnent aussi envie de raconter, de gueuler.

« C’était ma première fête de la musique (pont neuf), j’étais arrivée en France depuis peu de temps, je ne parlais pas français. Au cours de la soirée, il y avait un homme qui a insisté pour me parler, et m’inviter à boire une bière, j’ai répété à plusieurs reprises que non merci avec mon français quasiment inexistant. Il a commencé à me poursuivre dans la rue jusqu’à ce que je me fatigue et l’insulte en espagnol, ce à quoi il a répondu « suce ma bite », il l’a crié 2 ou 3 fois, à la troisième je l’ai poussé, et il m’a répondu avec un coup de tête dans le nez, je suis restée étourdie mais même comme ça j’ai essayé de lui répondre.

Quelqu’un a appelé la police, en qui en vérité je n’ai jamais eu confiance ; mais j’ai essayé de leur dire ce qui s’était passé.

« Allez chez vous », ils m’ont dit.
« C’est trop tard », ils ont insisté.
« Je peux pas parler avec toi », à cause de mon accent

Plein de gens regardaient, presque personne n’est intervenu.
OUI, j’étais bourrée
OUI, il était « tard »
OUI, j’avais une robe courte
OUI, j’ai cru que c’était ma faute
D’avoir décidé de laisser ma vie de côté et de venir étudier,
de vouloir rencontrer des gens, de vouloir sortir de ma nouvelle maison, « SEULE »
J’ai cru que je n’avais pas le droit de me plaindre, être reconnaissante de pouvoir être ici, sur le vieux contient, cet endroit si bon pour nous, les indiennes colonisées, pour les petites filles de nos ancêtres, celles que vous avez violées, tuées et esclavagisées, directement ou indirectement.
Celles qui aujourd’hui récoltent tes avocats et qui reçoivent en échange la sécheresse sur leurs villages.
Mais je n’ai rien de quoi être reconnaissante messieurs, et beaucoup à reprocher. »


8 Mars – Boulogne-sur-mer, France

« J’ai participé au rassemblement de « on arrête toutes » à Boulogne-sur-mer cette après midi. Ma première manif pour les droits des femmes. Ça a pas duré longtemps car c’était un rassemblement statique mais c’était très sympa quand même. J’y suis allée seule et comme je suis timide j’étais un peu en retrait mais après que les femmes se soient mises à prendre la parole et qu’on ait toustes chanté l’hymne des femmes c’était génial. Ça m’a fait du bien de crier pour mes droits. Y’avait également une petite cagnotte où l’on pouvait récupérer des badges donc j’en ai eu un « sorcières solidaires » et du coup il se trouve maintenant sur mon sac de cours. Après la chanson, on a fait une sorte de débat mouvant avec des situations différentes que l’on trouvait soit violentes soit non violentes et si l’on intervenait ou pas. C’était intéressant parce que je me suis rendue compte qu’on était +/- toutes d’accord et du coup je me suis sentie en sécurité. Après ça a parlé encore un peu de comment réagir dans certaines situations. Même si je n’ai absolument pas parlé du « débat » (vraiment au dessus de mes forces, je voulais juste écouter) j’ai trouvé ça génial et je pense que je vais essayer de voir comment m’impliquer dans l’asso vu qu’elle est petite et les femmes ont l’air vraiment sympas et à l’écoute. »


8 Mars – Saint-Gaudens, France

Aperçu de la manifestation du 8 Mars


8 Mars – Lyon, France

« Manif de Lyon, plus de 4000. Un peu désorganisée au début on a eu peur de faire uniquement le tour de la place. Plus on marche plus on sent qu’on est pas seul-e-s. Ça scande beaucoup. Ya la batucada des Femmes Battantes qui met une super ambiance; les gens de l’Unef ont des supers slogans. Le cortège est super long et ça fait plaisir ! On est passées dans le Vieux Lyon et ça a graaaave fait plaisir. C’est le quartier des fachos et des touristes et je connais quasi aucune manif qui a l’autorisation d’y passer ces dernières années. Petit moment d’amour perso : avec ma pote on avait fait une pancarte. D’un côté c’était « I’m à Witch/Bitch/Feminist » et de l’autre « Support you Sisters not just your Cisters ». Et pendant le cortège ya au moins 3 personnes qui sont venues me poser des questions sur ce que ça voulait dire « Cisters ». C’était des femmes de 50 ans ou plus je dirais. Et c’était génial de leur expliquer la lutte pour les Droits des personnes trans, ça m’a fait vraiment plaisir. Parce qu’elles étaient bienveillantes et elles voulaient juste apprendre et être plus « à la page ». Et elles sont reparties de la manif en sachant quelque chose et je suis repartie en me disant que j’avais appris quelque chose à quelqu’un. On se fait toustes grandir. On devient meilleures les unes grâce aux autres. On se battra toujours ensemble et pour les droits de toutes les femmes. »


8 Mars – Salamanca, Espagne

« Des jours, des semaines, des mois que je vois passer l’actu française sans aucune possibilité de rejoindre le mouvement, de descendre dans la rue et de gueuler que moi aussi je veux tout casser. Alors le 8 Mars je l’aurais manqué pour rien au monde. Ce matin, on prend un train direction Salamanca où est prévu une manif’ qui est appelée par une asso de féministes intersectionnelles (movimiento feminista de Salamanca), déjà, ça s’annonce bien. En arrivant, on croise des graffitis féministes et puis sur la plaza de la Concordia, au moins 4  banderoles sont posées par terre, tout le monde porte du violet, iels sont encore en train de faire leurs pancartes, des meufs parlent au mégaphone et une répét’ de « Un violador en tu camino » [perf créée par LasTesis au Chili] est en cours. On regarde, on jauge et puis on va nous aussi apprendre la choré. Plus l’heure d’appel (12H) approche, plus le monde afflue ; des jeunes, des vieux·eilles, des socialistes, des radicales·aux, plus de concerné·e·s que d’alliés mais des alliés quand même. Les pancartes se brandissent peu à peu et puis c’est l’heure de partir, accompagné·e·s par la pluie qui n’empêche personne de suivre les slogans, et parmi ceux-là:

  • « Sola, borracha, quiero llegar a casa » / « Seule, bourrée, je veux rentrer chez moi »
  • « La calle, la noche, también son nuestras » / « La rue, la nuit, sont aussi à nous »
  • « No estamos todxs, faltan lxs asesinadxs » / « Nous ne sommes pas tou.te.s là, il manque les assassinées »
  • « No son muertes, son asesinatos » / « Ce ne sont pas des morts, ce sont des assassinats »
  • « Con ropa, sin ropa, mi cuerpo no se toca » / « Avec ou sans vêtements, mon corps ne se touche pas »

Y’a de l’ambiance, on s’arrête de temps en temps de marcher mais y’a jamais un moment de silence. On finit par envahir la Plaza Mayor, place centrale de Salamanca. Les slogans continuent de plus belle jusqu’à ce que les meneuses de la manif’ lancent la performance « Un violador en tu camino »/ »Un violeur sur ton chemin ». C’est hyper fort, on performe et ça résonne en nous tou·te·s. Ça signe quasiment la fin, un texte est lu, tout le monde se disperse. Les flics on les aura quasiment pas vus, ils ouvraient la marche mais ont presque disparu – ça change des habitudes. En résumé manif plutôt chill mais pleine d’une énergie très chouette ; être avec les copaines en manif, avoir l’impression d’être invincible ça manque, mais au moins, moi aussi j’y étais.

Plus sur le facebook et instagram du Movimiento Feminista de Salamanca.


8 Mars – Santiago, Chili

Entre 150 000 (chiffre de la police) et 2 millions de personnes (chiffre officiel de l’orga) ont défilé ce 8 Mars dans les rues de Santiago, au Chili. Depuis des mois les luttes se multiplient et se radicalisent dans le pays ; les féministes se sont particulièrement rassemblées autour de la question du harcèlement sexuel en milieu étudiant, des féminicides et des viols et du droit à l’avortement. Elles accusent l’Etat, la police et la justice complices. Cette mobilisation dans le pays est « historique » [slogan peint au sol lors de la manifestation, « historicas »].

A lire aussi : Point sur la lutte féministe au Chili

Témoignage photo de Claudia Pool:


8 Mars – Mexico, Mexique

image001« La journée commence tôt ce dimanche, départ d’une marche à Ecatepec, une zone en périphérie de la capitale. D’autres marches de ce type sont organisées dans les quartiers périphériques de la ville, qui battent les records de féminicides et disparitions. On se réunit à 9h, dans un cadre calme et respectueux pour écouter les proches des victimes expliquer ce qu’ielles vivent, leurs motivations pour cette action. Ces familles et proches se mettent comme il est de rigueur au Mexique, en tête de cortège . Pour le reste, c’est environ 150 personnes qui se mettent en route, il y a beaucoup de jeunes, mais sont tout aussi bien présentent des femmes de toutes âges, certaines venues avec leur filles. Des journalistes sont là, bien une dizaine de médias plus ou moins famous, qui donnent de la visibilité à cette lutte. La marche part tranquillement de la Casa Morelos vers 9h15. En quelques minutes, elles prouvent qu’il n’y a pas besoin d’être des milliers pour foutre un zbeul: la marche entre sur l’avenue de la révolution par une sortie de route type périphérique, avançant ainsi sur cette grande 4 voies et créant un énorme bouchon. Pas de klaxons, belle opération escargot. 9h39, deux voiture de police arrivent. Une se met en tête du cortège, et avance doucement, l’autre ferme la marche. pendant 45 bonnes minutes la marche continuera ainsi avant de rentrer dans les petites rues pour rejoindre le palais municipal. Dans le cortège sont repris des slogans allègrement: 

“¡Alerrr…ta! ¡Alerrr…ta! Alerta, alerta, alerta que camina, la lucha feminista por América Latina. Y tiemblen y tiemblen y tiemblen los machistas, que América Latina será toda feminista” / [Alerte! Alerte! la lutte féministe marche en amérique latine. Et tremblez, tremblez, tremblez les machistes, car l’Amérique latine sera entièrement féministe.]

 “Ni una más, ni una más, ni una asesinada más. Ni una más, ni una más, ni una desaparecida más” / [Pas une de plus, pas une de plus, pas une assassinée de plus. Pas une de plus, pas une de plus, pas une disparue de plus.]

“¡Mujer, hermana! ¡Esa es tu lucha!” / [Femme, soeur, Ceci est ta lutte]

« Senoras, Senores, no sea indiferente. Se mata las mujeres en la carra de la gente » / [Mesdames, messieurs, ne soyez pas indifférents. Les femmes sont tuées à la face des      gens.]

Dans l’avancée dans ces rues, je vois au moins 5 femmes qui chacunes sortent de leur maison pour rejoindre le cortège. Quand on arrive au point final de la manif, le cortège s’arrête devant le palais municipal. Mais on n’entend pas bien leur slogans, leurs chants, leurs cris. Juste derrière, il y a sur la grand’place un cours de Fitness sous un chapiteau, avec estrades et grosses enceintes qui couvrent les camarades. Et donc derriere le cortège , nos grand·e·s sportif·ve·s ne s’arrêtent pas de sautiller. Le cortège entoure donc très vite le chapiteau, et appel les sportives à rejoindre la marche. Pas de réponse. Invasion du cours du fitness. Fuite des pratiquant·e·s, et le matériel (micro estrade etc) permettra aux familles de faire mieux entendre leurs discours. Il est 11h30, dernière action de cette marche par une chorégraphie que nous connaissons tou·te·s très bien. Tout le monde part ensuite doucement, une grande partie pour se préparer pour rejoindre la manifestation du centre ville, qui commencera à 14h. Et pendant tout ce temps, sur la place, en tout et pour tout, 6 policier·e·s, regardant de loin ce qui se passe…

Voilà une petite marche introductive, une mise en bouche pour vous donner une idée des formes et motivations des luttes des camarades mexicaines. La ville de Mexico détient des chiffres officiels exponentiels, plaçant le district fédéral en troisième région la plus touchée par les violences de genre, la plaçant dans un “état d’alerte de genre contre les femmes”. Il est extrêmement important de commencer par les périphéries, la réalité étant que ce sont les zones les plus touchées. [A LIRE].

Peut-être que les noms d’Ingrid, étudiante, ou Fatima, 7 ans, parlent à certain·e·s, étant les deux derniers cas les plus médiatisés, et datant de moins d’un mois. Des noms qui parmis tant d’autres seront scandés,  avec en reponse des autres marcheuses : “ ¡[prénom] somos todas!” (Nous sommes toutes [prenom]). Nous sommes toutes… Ces foules de femmes résistantes, foule qui ne fait que grandir, sont celles qui montrent que quand une est touchée, 2, 10, 100 puis les chiffres des manifs nous l’ont bien montré ce dimanche 8M, des milliers d’autres se lèvent…. Vivre la douleur, hurler, être la voix de celles qui n’en ont plus, de celles qui ne peuvent pas, se lever (big up V.D.), pour mieux se relever les unes les autres, se serrer les coudes, prendre ses ovaires ou tout ce qu’on veut, les emmerder… Et plus si non affinités. Comme on pouvait le lire sur une pancarte à Ecatepec : «  »Ils nous ont appris à être rivales mais nous avons décidé d’être alliées ». Les émotions sont très fortes dans ces cadres, et elles ne desservent pas les luttes, bien au contraire. Elle sont un des rouages de nos moyen de nous lier les  aux autres, de ne plus nous sentir seul.es dans nos indignations, dans nos blessures, et de rejoindre les rangs de combattant·e·s. Et si le sujet vous intéresse je vous laisse une très belle lecture en fin d’article. 

Le gang, il n’y en a qu’un seul, et son nom c’est Sororité. L’appel que je suis ici, c’est celui des “Femmes contre le machisme. Femmes contre le capital. Femmes contre le racisme. Contre le terrorisme néolibéral ! #8M 2020 nous allons ensemble, rebelles, avec rage et espoir !”. Je vous apporte donc ici un témoignage d’une partie du continent d’oú nous arrivent les échos des cris de rages des luttes féministes.

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Alarmant comme le coronavirus se propage au Mexique! Ah non, c’est la carte des féminicides rapportés en 2019

Le cortège a été dirigée par des proches des victimes de féminicide, suivies par des groupes de luttes féministes, une grande partie du cortège était en non mixité, suivit par une variété de groupes qui protestent contre toutes les formes de violence de genre: féminicide, viol, abus sexuel, harcèlement et harcèlement sexuel, violence économique, physique, psychologique et émotionnel. Les images parlent parfois mieux que mille mots, je laisse celleux que ça intéresse rechercher par elleux même des renseignements sur les situations des femmes au Mexique, car toutes ces personnes ont des noms, et je ne prend pas la responsabilité de les transformer en chiffres. Je vous renvoie vers des organismes engagés dans la lutte pour la reconnaissance en justice, l’aide à l’enquête, l’aide juridique et psychologique des familles de personnes portées disparues, des disparitions forcées (par l’Etat), assassinées, violées, abusées, etc. http://cencos.com.mx/

Selon les dire de plusieurs marcheuses de ce 8M, cette marche fut une des plus intense, une des plus suivie avec cette variété de mouvements marchants tous ensemble. Ce qui s’est en effet entendu pendant les AG de préparations, c’est que malgré les conflits politiques parfois très forts entre partis ou organisations, cette journée de marche est celle de toutes. Et ceci peut se sentir dans les nombreux événements, conférences, festivals, ateliers, organisés partout dans la ville. Sans parler de la plus grosse université de la ville, l’UNAM, bloquée depuis plusieurs semaines. La veille au soir par exemple, un concert gratuit avait lieu en centre ville. En voici un extrait. Traduction de l’interlude après la chanson: “Je voudrai demander un moment. On demande toujours une minute de silence, mais moi aujourd’hui, je voudrai demander, pas une minute, le temps que nous voulons, pour ne pas rester dans le silence. Nous allons crier, parce nous avons déjà passées beaucoup de temps dans le silence. Je voudrai que nous criions pour toutes nos soeurs assassinées, pour toutes nos soeurs disparues, pour toutes nos camarades violées. Nous allons crier fort, pour que le président nous entende, pour que le monde entier nous entende.”

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Passons maintenant à la grande marche. Je tiens à prévenir que ceci n’est le compte rendu que d’une partie de la marche, celle ci étant beaucoup trop grande pour que je puisse couvrir tout ce qui s’y passe. Entre 80 000  et 140 000 personnes selon les sources. [APERCU]

Vous aurez donc ici ce qui s’est passé dans une partie du grand cortège en non mixité, plus particulièrement avec les féministes radicales, les mamas capucha, car un peu de riot porn ne fera pas de mal à nos luttes. Il est midi et demi au point de rdv, sur la place de la Révolution et dans toutes les rues autour, des rassemblements commencent. Il fait déjà très chaud. Mais pas plus chaud que les milliers de femmes qui se réunissent petit à petit par cortège, s’organisent, se distinguent par quelques tissus ou accessoires spécifiques pour se reconnaître. Les consignes de sécurité sont rappelées. La base ici, ça reste beaucoup d’eau, toujours en groupe, un petit marquage de groupe sanguin sur le bras, et du bicarbonate dans la poche en cas d’attaque à l’acide, mieux vaut prévenir que guérir d’autant que c’est tragiquement déjà arrivé. Je rejoins mon groupe de camarades féministes de confiance, et nous partons tant bien que mal pour traverser la foule et rejoindre la partie du cortège en non mixité, du côté où sont beaucoup d’étudiantes et les radicales. Ici on utilise une application de géolocalisation pour savoir en live oú sont les camarades dont on a le contact. Comme beaucoup nous formons une grande ligne en nous serrant les coudes pour ne pas se perdre dans la marée violette au nuances de verts qui s’est formée autour de monument de la Révolution. D’autres ont des techniques d’encordement pour maintenir leur cortège en sécurité et empêcher des hommes d’y pénétrer. Pour quitter cette place bondée, nous partons par une rue parallèle au chemin principal, par lequel toute la marche prend la direction du monument des Beaux Arts. Ça crie, ça chante, des slogans ambiançant, dansant, qui prône la chute du patriarcat. Il est 15h quand les choses commencent déjà à chauffer, les menaces chantées prennent en effet plus de matérialité lorsque dans cette rue boisée aux allures chaleureuses sont croisés des camions de La Prensa (c’est l’un des corps médiatiques qui a diffuser les images ultra violentes du fémicide d’Ingrid). Détermination, soutien à ce que nous nommerons aujourd’hui le bloque, la marche continu dans un enchaînements de slogans ininterrompus. Des policier·e·s sont au bout de la rue, une quinzaine, qui reste tranquillement sur le bord des cortèges, le bloque taguant et cassant devant elleux. 

Il est 15h30 quand nous rejoignons la grande avenue avec le reste de la marche, arrivant à la grande fontaine dont l’eau est rouge depuis une action matinale. Là se passe plusieurs moments pour maintenir la non mixité du cortège, faisant sortir tous les mecs cis. Ça rigole pas avec le maintien de la non mixité, ca peut parfois être violent. Pendant ce temps, le bloque continue ses actions le long de l’avenue, faisant face à quelques appels à la non violence, très fortement dépassés par de nombreux cris et slogans de soutien. Seule réponse du bloque, des gros fucks. Mais ces quelques chicaneries ne sont pas plus imposantes que le seraient des murmures au milieu des autres slogans et chants, par exemple l’ambiance décontractée et dansante autour de la batucada. Quand on arrive vers le monument des Beaux arts, la présence policière est plus forte. Ielles, mais surtout elles, sont posté·e·s devant les grandes plaques de métal qui, comme les policier·e·s, ont pour seule fonction de protéger (clairement avec une efficacité moyenne) les statues et bâtiments historiques des graffitis et collages. Nombreuses sont les marcheuses qui se postent devant les alignements de police, brandissant leurs pancartes ou leur exposant toute leur indignation face à l’insécurité qu’elles vivent et l’inefficacité juridique qui va avec. Le slogan de rigueur devant la police: “La policía no me cuida, me cuidan mis amigas”  (La police ne prend pas soin de moi. Mes amis prennent soin de moi !). Face au bâtiment des beaux arts, se trouve le mémorial pour les féminicides et les disparues. Là est installée une estrade, où victimes de violences, et membres de familles de femmes et filles assassinées ou disparues, prennent la paroles. Chaque prise de parole se termine par une réponse unique de marcheuses : « No estas Sola! No estas Sola! » (Tu n’es pas seule, tu n’es pas seule). Sororité, solidarité, organisation et autodéfense sont les mots d’ordres de ce jour. 

Passé ce moment, la manif se sépare dans deux rues, une où se suivent les cortèges non violents et l’autre, où le bloque entre en courant, ayant saisi tout ce qu’elles ont trouvé, et foncent dans cette rue déjà bondée, oú pourtant la marée humaine s’ouvre pour leur laisser le passage. La scène est extrêmement forte. Elles partent retourner la rue, sous une ovation et des cris de soutien, face à la police qui les regarde passer. La rue est taguée de partout, les vitrines sont détruites. Vous connaissez le jeu du lancé de marteau dans les vitrines ? C’est encore plus drôle quand ils restent coincés et qu’il faut les récupérer. Un moment fut un peu particulier: quand à coup de pied elles tentent de détruire les stores de la boutique Adidas, la police finit par intervenir et se met en rang devant le store. Les meufs foncent leur faire face, on peut entendre des « protégez nous, pas les vitrines ». A ce moment là, dérapage inattendue pour la marche. Un gaz lacrymogène est lancé par un policier. Du jamais vu dans ce genre de manifestation selon une marcheuse qui est toujours au rdv depuis 5 ans. La réponse des marcheuses sera directe, pas de fuite, au contraire un rapprochement face au force de l’ordre pour les menacer.

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Crédit photo : ig @_sputnikmiamor_

Le message est clair, s’ielles gazent encore, la réponse du bloc sera plus forte, ce slogan souvent prononcé est brandi, encore plus adéquat que d’habitude : « Somos malas?! Podemos ser pèores ! » (Nous sommes mauvaise?! Nous pouvons être pires). Le temps de continuer de refaire la déco de cette rue, la marche arrive place du Zocalo, point final de la manifestation. Toujours en relative tranquillité, tout le monde se pose doucement, il est 18h. Là on s’assoit, on discute, mange un bout, bois une bière ou fume un pétard, l’action n’est pourtant pas finie. Le sol est repeint d’un tas de slogans plus créatifs les uns que les autres, un grand feu de joie à base de palettes est allumé d’un côté, des discours sont prononcés un peu partout, et par ci par là des camions sont retournés. C’est le moment pour de nombreux cortèges de prendre des photos souvenir de ce jour de célébration des luttes féministes. Il est vingt heures quand nous quittons la place pour nous désaltérer, des centaines de personnes sont encore là. Ah, et la police dans tout ça ? Et bien ielles sont tranquillement posés sur leur bouclier dans des rues adjacentes, attendant, casques à terre pour beaucoup, de pouvoir rentrer chez elleux. Mais pas de méprise, elle ne fait pas non plus grand chose lorsque l’on vient déclarer une disparition, un viol etc. Ce n’est pas un état de paix policière, loin de là. Et malgré l’ambiance d’insurrection, sur la place, le souvenir des événements de 1968 restent dans les esprits, méfiance : « hm, c’est pas très sécure que nous soyons toutes comme ça sur cette place… S’il se passe quelque chose on peut pas partir… ». 

 

Pour la suite des événements, je vous envoi vous renseigner sur le #Diasinnosotras #ParoNacional, premier appel à un mouvement de grève générale des femmes au Mexique. Les travailleuses au Mexique c’est plus de 22 millions de femmes, représentant  une force de travail qui, si elles arrêtent toutes de travailler pour une journée, pourrait faire perdre au pays 26 milliards de pesos (un peu plus de 1.1 milliards d’euros) selon les dire dans la manifestation. L’impact réel fut d’environ 37 millions de pesos, plus d’un 1,5 millions d’euros. Cette action, elles aussi a pour but de protester contre les violences de genre, l’appel à la légalisation de l’avortement dans les 32 états mexicains, pour protéger les droits et libertés individuelles des LGBTQI+. Et définitivement en finir avec les crimes de haine. »

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Ca ne va pas s’effondrer. Nous allons le détruire.

[Pour aller plus loin:                                                                                                            Tereza Langle del Paz, La Urgencia de vivir, Teoria feminista de las emociones.        Elsa Dorlin, Defenderse, Una filosofia de la violencia.]


Ce week-end on était partout, on a pris les rues des villes du monde entier pour hurler notre rage ensembles. Ce week-end c’était le week-end pendant lequel les institutions, celles qui gouvernent ce monde, ont établi qu’on avait le droit de dire qu’on était pas d’accord – mais pas trop fort non plus hein, sinon hop on sort les armes et on remet un peu d’ordre dans tout ça #milicepatriarcale. Seulement le patriarcat c’est tous les jours, et les salaires, et le harcèlement, et les insultes, et les violences, et les coups, et les meurtres, et les viols, ça attend pas le 8 Mars pour se pointer dans nos vies. Nous on lutte dans la rue qu’elle soit pleine de militant·e·s véner ou un jour ordinaire, on lutte au boulot, et chez le médecin, dans nos relations amoureuses et sexuelles, quand on sort coller sur les murs, aux repas de famille, à l’école, quand on fait du sport, en soirée, avec les potes, dans les transports, au resto, devant son pc, et même dans nos lits, même seules quand on a du mal à s’endormir.

Alors on s’arrête pas, on se bat, on vit, parfois on survit, et on se soutient ; allié, copain, amoureux, checke tes privilèges, éduque toi, confronte tes potes, et viens! mais juste si t’es invité ; harceleur, agresseur, violeur, à toi d’avoir la boule au ventre : ensemble on n’a plus peur ; mais surtout inconnu·e, copaine, adelphe, amoureux.se on te croit, on te soutient, on t’aime, et pour toi jusqu’au bout, on est là.

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Toulouse – credit @ubrumesph_ sur instagram

[Il n’y avait pas assez de voix à travers le monde, pour parler de tout. Pour parler des manifestations interdites et des violences à travers le monde. Pour transmettre d’autres récits de tous les pays du monde. Nous adressons néanmoins notre soutien à toustes celleux qui luttent. Cet article partage les expériences de celleux qui ont bien voulu nous les partager, sans prétention d’exhaustivité. Nous les remercions d’avoir bien voulu raconter.]

Photos du CAMé à retrouver sur nos réseaux et ici

 

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