Vous ne confinerez pas notre colère : violences policières et révolte à Toulouse

Les émeutes de banlieues de 2005, suite à la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré poursuivis par des flics à Clichy-sous-Bois, ont été le mouvement social le plus durement réprimé en terme de justice contemporaine en France, encore plus que les Gilets Jaunes : en seulement trois semaines à travers toute la France avec près de 300 communes touchées, il y a eu 6 056 interpellations, 5 643 gardes à vue et 1 328 incarcérations dont celles de plus de 100 mineurs. Sources et article : La répression judiciaire en France.

Assiste-t-on à nouveau au début d’un embrasement des banlieues, avec le spectre de 2005 suspendu aux lèvres des éditorialistes, ou avons-nous plutôt affaire aux conséquences d’un racisme d’État latent, depuis des années, exacerbé par le confinement, et surtout via la police, ayant augmenté d’un niveau dans l’impunité, possédant ce sentiment de toute puissance virile, et s’en servant, dans les quartiers, mais pas que.

En un mois de confinement, il y a eu 13,5 millions de contrôles, 762 106 verbalisations, 1733 gardes à vue, des peines de prison ferme, mais aussi six personnes mortes suite à l’intervention de la police et plus de dix personnes blessées gravement. Six personnes ont perdu la vie suite à l’intervention de la police en un peu plus de deux semaines, c’est du jamais vu à une telle fréquence.

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Marseille – via Elsa Dorlin

On ne compte pas les nombreuses humiliations lors de ces contrôles, des personnes embarquées pour rien, d’autres frappées ou encore prises en chasse. C’est ce qui est arrivé à Toulouse la semaine dernière, racontée par La Déche du Midi : des personnes étaient dans un parc à Bellefontaine, tous âges confondus. Des flics sont intervenus pour faire respecter le confinement, et se sont mis à poursuivre les personnes rassemblées, utilisant un taser pour maitriser l’une d’entre elles et l’envoyant six mois en prison. Enfin pas les flics, mais la justice, ce n’est pas pareil nous dit-on : il y aurait une séparation police-justice. Les procès verbaux des policiers ne correspondent pas pourtant : dans la description des faits et de la personne interpellée. Ah, un des flics a eu une entorse au genoux et demande une indemnité. Ce n’est pas plutôt l’inverse après avoir été électrifiée ? On ne va pas utiliser le terme de torture, mais utiliser un appareil envoyant une décharge électrique, potentiellement mortelle, pour maitriser quelqu’un pour non respect du confinement, c’est, en plus d’être excessif, une mise en danger d’autrui. Le père de famille part donc six mois à Seysses, en plein confinement, alors qu’il faudrait vider les prisons.

Il a été envoyé en prison le 13 avril, deux ans après la mort de Jaouad au mitard de Seysses, le 14 avril 2018. Meurtre masqué en suicide par les matons. Toute l’horreur de la prison se révélant dans cette lettre de prisonniers dont voici un extrait :

Tous ceux qui sont passés par le quartier disciplinaire pourront témoigner des humiliations qu’ils y ont subi, des insultes racistes, des crachats à la figure, des ordres donnés comme si on était moins que des chiens… Là-bas, celui qui a le malheur de « la ramener » peut finir comme J. : pendu. […]

J. a été battu par cinq ou six surveillants, pendant plus d’une demi-heure. Puis il y a eu un grand silence, et les surveillants se sont mis à discuter entre eux, à estimer son poids et sa taille pour s’accorder sur une version des faits. Puis ça a été l’heure de la gamelle et, quand sa cellule a été rouverte, ils ont fait mine de le découvrir pendu. Alors le Samu est intervenu et a tenté de le réanimer, en vain.

S’ensuivront plusieurs jours de refus de réintégrer les cellules après la promenade, pour que « la vérité soit faite sur la mort de J. », malgré l’intervention des ERIS pour obliger les prisonniers à réintégrer leurs cellules. Du soutien depuis l’extérieur aussi, avec des révoltes au Mirail pendant plusieurs jours, et une marche blanche organisée par la famille et des proches de Jaouad.

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La vérité, toute la vérité, rien que la vérité pour Jaouad – 19 avril 2018 à la Marche Blanche

Retour en 2020 sous le confinement avec la Défense Collective Toulouse qui recueille la température policières. On peut noter une présence policière ultra visible, avec notamment l’utilisation de l’hélicoptère, mais aussi d’un aéronef et de drones, qui sera amenée à être pérennisée. La ville du tout-sécuritaire voulue par Moudenc se montre au grand jour dans les artères vides, aidée par les caméras de vidéo-surveillance, surveillant vos moindres faits et gestes, permettant l’intervention des flics pour non respect du confinement.  Il y a eu 5000 verbalisations à Toulouse, selon un point presse de la Préfecture le 7 avril, et 10 000 en Haute-Garonne, et où l’on apprend notamment que les verbalisations concernent tous les quartiers : « Il n’y a pas plus de fréquentations sur la voie publique suivant qu’on se trouve aux Carmes ou au Mirail, même si c’est beaucoup plus difficile de rester à l’intérieur dans des quartiers à majorité d’habitats collectifs. » Il y aurait-il une différence de traitement selon les quartiers contrôlés ?

Samedi 18 avril, pendant qu’un jeune à scooter manquait de se faire arracher la jambe par une voiture de police à Villeneuve-la-Garenne (92), c’est une autre voiture de police qui percuta un automobiliste à Toulouse, lors d’une course poursuite selon le Comité Vérité Justice et 31. C’est aussi un jeune qui s’est fait tabasser par des policiers et laissé en sang. Dimanche soir, retour de bâton selon l’article de la Dêche à retrouver en entier ici : attaque avec des feux d’artifices, des cocktails molotov et des pierres sur un équipage de police. Proposition délirantes d’hypothèses liées à la pénurie de stupéfiants ou de soutien à Villeneuve de la part du journal de la préfecture, déconnecté de la réalité. Rebelote mardi soir avec cette fois plusieurs voitures incendiées. Aucun média ne mentionne les violences policières commises samedi et celles antérieures, et encore moins leurs violences quotidiennes. Facile quand on n’habite pas sur place. Encore plus simple de relayer une seule version des faits, prémâchée par la police et digérée par la préfecture, pour finalement se retrouver dans les lignes de nos valeureux quotidiens.

On notera également la prise de position du principal candidat à la mairie toulousaine face à Moudenc, Antoine Maurice, pourtant tête de liste d’Archipel Citoyen, regroupant du vert, du rouge et des divers gauches : « J’adresse aux policiers agressés hier tout mon soutien. Je condamne fortement ces actes inadmissibles face à des fonctionnaires qui sont là pour nous protéger. » C’est donc ça l’alternative à la droite ? Bonnet blanc, blanc bonnet ? Pourtant, ce n’est pas ce qu’on retrouve dans le programme d’Archipel sur la question de la sécurité. Alors, ni Moudenc ni Maurice, pas de maires du tout ?

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Mardi 21 avril au soir à la Reynerie avec l’autorisation de @re_ep sur Twitter : « une dizaine de voitures brulées assez éparpillées »

Les quartiers crient leur colère à Villeneuve et au Mirail, mais aussi à Nanterre (vidéo reçue ci-dessous), Tourcoing, Lille, Roubaix, également dans plusieurs communes des Hauts-de-Seine, en Seine-Saint-Denis, dans les Yvelines ou encore à Strasbourg et en banlieue lyonnaise, rapporte Le Monde. Nous assistons à un ras-le-bol des violences policières, du racisme de la police, de leur attitude viriliste et méprisante, du rapport colonialiste à la banlieue : de son existence même. Le confinement met en avant le rôle et la fonction de la police : surveiller et punir. Elle ne sert qu’à ça, en patrouillant, dans les villes, à la campagne, soit disant pour faire respecter la loi. Il est temps que des voix s’élèvent pour repenser la fonction de la police, en proposant son abolition pure et simple. N’hésitez pas à relayer #AbolitionDeLaPolice pour faire passer l’idée.

Quelques pistes de lectures :

Tout le monde peut se passer de la police – Maya Dukmasova

La Domination Policière – Mathieu Rigouste

Se Défendre – Elsa Dorlin

La Force de l’Ordre – Didier Fassin

La Prison est-elle obsolète ? – Angela Davis

 

2 réflexions au sujet de « Vous ne confinerez pas notre colère : violences policières et révolte à Toulouse »

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