Vendredi 18 septembre à Toulouse, 7 ami.e.s ont été condamné.e.s à deux mois de prison ferme à la suite d’une sortie tags et collages.

Mises à jour régulières en bas de l’article.

Mardi 15 septembre au soir, plusieurs personnes sont allées coller des affiches dans les rues de Toulouse. Quelques graffitis apparurent aussi, pauvres petits murs. C’était sans compter le zèle d’un voisin très vigilant, aka une poukave, qui s’empressa de composer le 17 ou Allo Toulouse, ce service dédié aux « urgences », qui n’est rien de plus qu’une collaboration entre la mairie et les flics. Sept personnes se font embarquer, direction le comico central pour 48h de garde à vue. Toutes choisiront une défense collective, celle de ne rien déclarer, de pas donner leur identité et de refuser le prélèvement ADN. Un avocat unique a été demandé par les sept personnes, ce qui a été refusé dans un premier temps par le procureur, justifié par un « conflit d’intérêt ». La garde à vue ne pouvant durer plus de 48h et la comparution immédiate étant le vendredi après-midi, tout le groupe a été envoyé à la maison d’arrêt de Seysses pour une nuit en taule.

Les chefs d’inculpations, pour les sept, sont dégradation aggravée en réunion, identité imaginaire, refus de signalétique et d’ADN. L’avocat plaida sur la nullité de la garde à vue, à cause ou grâce, du conflit d’intérêt évoqué plus haut. Nullité acceptée par le tribunal, faisant sauter la garde à vue, mais pas les chefs d’inculpation. Paradoxale, sachant que l’identité imaginaire et le refus de signalétique se sont déroulés pendant la garde à vue.

Vendredi 18, dès 14h, nombre des proches des ami.e.s détenu.e.s souhaitaient pouvoir assister au procès, afin d’être présent.e.s, d’échanger des regards et une présence avec les personnes dans le box, ou seulement d’être là dans un moment qui, dans une amitié, est important. Pourtant, sous prétexte de mesures anti-covid, le nombre de places dans la salle d’audience fut limité à 25 personnes, incluant les avocat-e-s et les flics, qu’importe le nombre d’accusé.e.s. Le palais de justice ne renvoyant pas déjà assez en lui-même la froideur du monde judiciaire et pénal, des étudiantes de droit nous ont expliqué à l’entrée de la salle qu’elles ne nous laisseraient pas leurs places pour le procès, parce que les ami.e.s ne sont pas dans les ordres de priorité de la cour, qu’elles ne peuvent pas faire toujours dans le social et que l’empathie n’est pas dans leur personnalité. Une belle carrière de proc ou de juge les attends, dans un système qui gère des personnes comme des cas, des affaires ou des quotas, et qui ne supporte pas l’intrusion d’une réaction sensible et humaine dans leur entreprise pénale. Mais comme ces personnes ont bien su le formuler, « c’est comme ça ». Par ailleurs, comme pour boucler la boucle des représentations de la collaboration police-justice, ces mêmes étudiantes se sont fait un plaisir en fin d’audience de déposer un témoignage contre la personne que le juge demanda d’interpeller. Si l’empathie ne fait décidément pas partie de leur personnalité, le cynisme prend lui une part importante dans leur monde.

Lors de la compa, après que le juge se soit moqué des ami.e.s ayant déclaré vivre sans domicile fixe et à la rue, les parties civiles ayant été gravement touchés par ces dégradations, les familles des murs souffrant atrocement, ont réclamé 2000€ de préjudice moral. À savoir qu’il s’agit de la ville de Toulouse, dont le budget annuel s’élève à plus de 700 millions d’euros dont 45 millions pour la « propreté », et deux syndicats de propriété dont la SOGEM qui a eu un chiffre d’affaire de plus de 2 millions d’euros en 2018. Ce préjudice moral aurait été subi par les locataires, à la vue des tags laissés sur les murs de briques roses et de béton. Qu’importe que plus d’un quart des détenu.e.s souffrent de troubles psy en prison (un taux de 4 à 10 fois plus élevé en taule que dans la population générale selon l’OIP), le préjudice moral réside dans l’atteinte à la propriété privée et aux mœurs bourgeoises, et non pas dans le fait d’enfermer des personnes deux mois dans une cage. Comme le rappelle une affiche collée par ces ami.e.s, « au-delà des murs et des barreaux, la prison existe comme bastion de défense de la propriété privée, des riches et des lois. C’est une menace bien réelle pour nous faire plier la tête et marcher droit ».

Le procureur demanda trois mois fermes, avec maintien en détention, aucune autre alternative n’étant envisageable selon lui… et selon le tribunal, allant dans son sens en condamnant les sept ami.e.s à deux mois fermes avec maintien en détention.

À l’annonce de la condamnation, un hurlement a retenti dans la salle d’audience du TGI de Toulouse. C’était comme une baffe que chaque personne présente se prenait en pleine figure. Nous avons cette image encore en tête, de voir nos ami.e.s amené.e.s par les flics tandis que nous leur crions notre solidarité et notre amitié, avant que la porte du box ne se referme derrière elleux. À peine sorti.e.s de la salle, le juge ne nous laissa pas le temps de reprendre nos esprit avant d’ordonner l’arrestation de l’une d’entre nous. À croire qu’il fut plus désagréable pour lui et le proc de s’entendre traiter de nazis que des accusé.e.s de se voir condamner à de la prison ferme. Mais quel insupportable métier.

Il ne s’agit pas ici de s’étonner de cette décision de justice, ni de pleurer sur la méchanceté du système pénal. Nous savons et savions pertinemment que ce système est dégueulasse, que ce monde ne pourra jamais être le notre, et que, malheureusement, cette peine est finalement banale pour bien de communautés. Cependant, nous souhaitions tout de même mettre des mots sur ce qu’implique la confrontation de notre monde et du leur, de nos amitiés et de l’antipathie de la justice.

Le système pénal (c’est à dire la justice et la taule) est celui qui protège la volonté capitaliste d’un contrôle total de nos vies et de nos existence à la fois individuelles et collectives, dans l’espoir d’obtenir une masse homogène d’êtres et de choses à sa disposition. De l’injonction à travailler, à suivre ses lois, à respecter les bons gestes, la bonne sexualité, à détenir une adresse où à n’importe quel moment l’on puisse nous joindre, nous trouver, nous assigner à un lieu sans que nous le fassions trop notre, à être reconnaissables, identifiables, numérisables, et à accepter que nos vies se réduisent à des statistiques et des informations stockées dans des data centers. Le plus gros affront que puisse être fait à ce système, est donc d’aller à l’encontre de sa volonté de contrôle. Ainsi, si la mairie de Toulouse a pu s’indigner lors de ce procès que de la peinture et du papier déposé sans son accord sur ses murs constitue une grave atteinte à sa propriété privée, c’est aussi parce que les ami.e.s ont refusé de se laisser ficher et identifier que comme l’a dit le juge, ce système ne voyait pas d’autres alternatives à la prison. Dans leur monde, être libre veut dire être localisable et contrôlable. C’est pourquoi nous clamons la nécessité de rendre nos identités volatiles et inatteignables par leurs fichiers et leurs barreaux.

S’attaquer au système pénal et à son monde, « c’est déjà les confronter à leur responsabilité, mais aussi se battre pour la liberté, contre l’idée d’un monde qui a besoin d’enfermer pour exister ». 

Toute notre solidarité au 7 personnes incarcéré.e.s vendredi. Que crève la taule, la justice et leur monde.

Une des affiches collée la rue, dont sont extrait les textes entre guillements (clique droit et afficher image pour lire)

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Les réactions en solidarités ne se sont pas faites attendre, avec déjà le samedi des pancartes dans Toulouse :

L’article sur Iaata

Et le lendemain, dimanche soir, des personnes sont allées directement devant la prison de Seysses pour tirer des feux d’artifice et crier des « Liberté » ou encore « Crève la taule ». Du bruit en réponse depuis l’intérieur.

Enfin, depuis la ZAD du Carnet, une banderole de soutien reprenant un des textes collés sur les murs de Toulouse :

Une discussion publique est prévue vendredi 25 à l’Obs. On veut pas refaire le monde, on veut s’le faire !

La Dêche du Midi a pondu son article le mercredi, court et factuel. Faudrait pas trop parler de cette affaire.

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Un tract à imprimer et diffuser a été publié sur nantes.indymedia et sur iaata.info.

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Pour leur écrire, numéro d’écrou pour celles et ceux ayant accepter de recevoir du courrier (attention le courrier est lu et parfois censuré, des conseils ici et ) :

Marius Lahaye n°45677 (MAH)
Zoé Van Bryck n°45678 (MAF)
Lucie Gomez n°45679 (MAF)
Brice Poirson n°45681 (MAH)
Simon Duval n°45682 (MAH)
MAF: Maison d’arrêt des Femmes
MAH : Maison d’arrêt des Hommes

Sur la lettre :

Nom et numéro d’écrou
MAF ou MAH de Seysses
10 rue Danielle Casanova
31600 SEYSSES

C’est bien de leur mettre des enveloppes + timbres si vous voulez peut être une réponse.

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La personne interpellée au tribunal à la fin du procès a d’abord été conduite à l’hôpital : le président a envoyé les flics à sa poursuite, entrainant sa chute. Sa garde à vue lui a été notifiée à l’hôpital, avant qu’elle soit emmenée au commissariat. Elle a accepté la CRPC (Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité) et a écopé de 3 mois de prison avec sursis, tout ça pour s’être indignée de l’enfermement de 7 personnes.

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Ni innocents ni coupables !! Une fresque réalisée en soutien par Arthur Plateau (insta).

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Des graffitis sont apparus sur les murs de Marseille et des pneus ont été crevés. Vous pouvez retrouver la liste des graffitis ici, accompagnés de ce message : « Une pensée pour les personnes accusé.es d’avoir porté des coups à ce monde de merde. »

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Le 26 septembre 2020, à la MAF (Maison d’arrêt des femmes) de Seysses.

Salut le dehors,

On vient d’achever une semaine de flou, d’inquiétude et d’incertitude, par rapport à nos choix (avoir tenu les identités, nié les faits, accepté la compa, refusé l’adn et la signalétique…)

Mais aussi en partie grâce au précieux soutien de l’extérieur, nous tenions à réaffirmer ces choix qui ont été difficiles à prendre à 7 sans communications ni avocat.

Nous ne sommes pas là JUSTE pour des tags et des affiches.

On est là pour nos choix, pour nos idées, parcequ’on est anarchistes, parcequ’on a craché sur leurs gueules jusqu’au bout. Et même si le jugement a été dur, on a rien lâché! Ce n’est pas une injustice à nos yeux parcequ’on ne croît pas en la justice. Quelques soient nos actes, nous ne serons jamais innocentes, ni victimes!

C’est important pour nous de réaffirmer ça parce que c’est important pour nous et qu’en plus, pour la plupart des gens ici, nos actes paraissent absurdes, ce qui rajoute de l’isolement à l’enfermement. D’ailleurs, les juges, les flics et les matonnes le savent très bien, et n’ont de cesse de jouer sur ça.

On espère que cette lettre puisse nous redonner de la force et en redonner à toutes celles qui, peut-être, feraient des choix similaires. A y bien penser, si c’était à refaire, nous referions pareil 🙂

Encore une fois, contre les juges les flics et les maton-n-es, CREVE L’AUTORITE!!

Aujourd’hui, on écrit à 2 mais peut-être bientôt à 7! Big up à nos 5 compagnons, si loin et si proches!

via https://nantes.indymedia.org/articles/51407

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