Carnet de voyage

Bienvenue à la ZAD du Carnet ! De passage dans le coin, une personne du collectif nous livre son témoignage de sa visite de la ZAD au bord de l’estuaire de la Loire.

C’est les mains dans les poches que je suis parti en direction de la ZAD du Carnet, en embarquant une personne et son vélo cherchant à se rendre sur place. Petite halte tout de même pour faire quelques courses et quelques chourses, dont du chocolat comme indiqué dans la liste des besoins. Ne connaissant pas la situation sur place, j’ai préféré ne pas m’encombrer de matériel pour alimenter les barricades ou les constructions, en cas de contrôle. Le trajet a été tranquille, aucun-e de nous deux n’ayant déjà été sur place, on ne savait pas à quoi s’attendre. On a loupé l’intersection une première fois, en continuant tout droit sur Paimboeuf, la ville la plus proche. Retour en arrière, cette fois c’est la bonne : arrivé-e-s à bon port.

Bon port ? Sérieusement ? D’accord, l’expression est malvenue ici : c’est en effet 110 hectares de nature qui doivent être bétonnés par le Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire pour tout simplement créer une zone industrielle. Vous pouvez retrouver les infos de ce projet ici. Chantier pharaonique donc, un énième Grand Projet Inutile et Imposé voyant le jour dans la tête des industriels. La liste de ceux prévus ou déjà réalisés en France est disponible .

« Nous sommes la Loire qui se défend »

La barricade à l’entrée de la ZAD est impressionnante, voire intimidante. Heureusement, un petit kiosque est présent avec des brochures sur les luttes locales et des cartes retraçant l’historique de l’île du Carnet depuis le 19ème. On apprend par exemple que l’on va mettre les pieds dans une ZNIEFF : Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (de type 1 et 2), mais aussi une ZICO : Zone Importante pour la Conservation des Oiseaux. Ça fait beaucoup de Zones À Défendre tout ça. Avant de pouvoir en lire plus, des têtes apparaissent, et des visages familiers.

L’entrée-barricade de la ZAD du Carnet

Les luttes sont aussi des rencontres, entre individu-e-s, et permettent de tisser des liens, d’amitié, de solidarité, entre des personnes, parfois des collectifs, rarement des organisations. On se revoit ensuite en manif, en soirée, au tribunal en soutien ou recevant ce soutien, ou comme ici sur une ZAD, par hasard. Ou pas, car ces trajectoires de lutte, sont aussi des trajectoires de vie : on se cherche, on réfléchit, on subit et on voit de la répression, des violences étatiques, la destruction de la planète, on se radicalise, on se politise, on débat, on arrête tout, on revient, on repart. Ce n’est pas par hasard que j’ai croisé des personnes que je connaissais à l’autre bout de la France : on est tou-te-s arrivé-e-s à un point où l’action surpasse les discours et les théories, où il devient nécessaire de s’organiser, de se regrouper et d’échanger nos expériences qui se ressemblent quand même pas mal. « Hey toi aussi tu étais à Greenpeace à 18 ans et maintenant tu fais des barricades pour défendre la nature, pour soutenir les Gilets Jaunes, les émeutes de banlieue, mettre le feu à des drapeaux de la Manif Pour Tous qui est pour personne, et tu te démènes pour abolir les frontières, les prisons et la police. Soyons les fossoyeurs-ses du vieux monde ! »

Sur la route de l’éolienne

Retour à l’entrée de la ZAD du Carnet, car oui, vous trépignez de savoir ce qui se cache derrière cette barricade, qui est en fait composée de plusieurs barricades, mais nous ne détaillerons pas plus le dispositif défensif qui a toujours besoin de matériaux ! L’amie présente sur place nous fait une présentation de l’histoire de cette ZAD, avant d’entamer une visite des lieux, ou du moins une partie : difficile de faire le tour des 110 hectares en une journée. Car c’est bien plusieurs jours qu’il faut rester sur place, pour appréhender la dynamique collective, participer aux chantiers, se balader, expérimenter. On découvre le coin cuisine, où une grosse récup vient d’arriver : c’est la fête et il faut trier tout ça ! Pas loin de là, un atelier vélo ouvert à tou-te-s. Très important le vélo, pour se déplacer d’un lieu à l’autre. D’ailleurs il y en a en libre service, reconnaissables à leur ruban noué sur le guidon. Pas besoin de carte d’abonnement ou de Flashcode, juste de vérifier que la chaine est en place, les deux pneus gonflés, et c’est parti ! Un peu plus loin sur la route on croise un chantier en cours : futur lieu collectif chauffé pour pas passer l’hiver au froid et dans l’humidité. Il faisait beau et même un peu chaud ce jour là, ce qui n’est pas toujours le cas au bord de l’océan. La tempête de la semaine précédente a d’ailleurs détruit un habitat en construction et les toilettes sèches.

Futur lieu de vie

Plus loin, et visible à plusieurs kilomètres à la ronde du haut de ses 174 mètres, se trouve l’éolienne Haliade 150, appartenant à General Electric et mise hors service depuis l’occupation des terres. Il s’agit d’une éolienne expérimentale, qui a été validée, car 80 de ses petites sœurs vont voir le jour en 2022 du côté de Saint-Nazaire, les pieds dans l’eau. Sa présence domine les lieux, et même si elle est à l’arrêt, ses pales continuent de tourner au gré du vent. Dommage qu’elle ne produise plus d’électricité, car il n’y en a pas sur la ZAD ! À part des panneaux solaires, difficile de recharger son pc pour regarder Netflix. Prévoyez d’économiser votre batterie voire de vous passer de vos appareils électriques, pour le moment. Pas d’eau courante non plus, zone naturelle oblige, aucune construction sur place, à part l’éolienne. Un point d’eau est heureusement accessible non loin de l’entrée principale.

Monstre de béton et d’acier

Une seule route traverse la ZAD du Carnet : une impasse jusqu’à l’éolienne. À l’image du mythe de la croissance verte ou du capitalisme écologique. Vous pouvez lire cette brochure : Plaidoyer contre les éoliennes industrielles par l’Amassada, dont nous avons assisté, impuissant-e-s, à sa destruction pour laisser place à un méga-transformateur – Expulsion de l’Amassada : contre RTE et son monde, pas res nos arresta.. Ces luttes sont intimement liées, ces territoires sont connectés, et même si certains projets aboutissent, de plus en plus de personnes se battent contre ces aberrations d’un autre siècle et seront là pour danser sur leurs cendres et leurs gravats.

En se retournant et en longeant la Loire via un chemin de terre et de sable, nous arrivons à la seconde entrée de la ZAD, tout aussi protégée et empêchant une éventuelle arrivée des forces de l’ordre par cette voie secondaire. Gandalf aurait de quoi pâlir avec son bâton à côté de cette barricade.

La seconde entrée barricadée, via un chemin de sable

De retour à l’entrée principale, des personnes en provenance du Village Du Peuple, corps de ferme occupé de l’autre côté de la Loire, récemment expulsé et détruit, sont venues passer la soirée et fêter les 70 ans d’une personne du coin engagée dans la lutte du Carnet. Soirée autour d’un feu, au son de percussions et de guitare, accompagnés de cris : « Nous sommes la Loire ! ».

Je pourrais en raconter plus, mais le mieux reste d’aller directement sur place pour se rendre compte. Des ballades sont organisées tous les dimanches, des chantiers de façon irrégulières. Vous pouvez retrouver toutes les infos sur le site Zad du Carnet et celui du Collectif Stop Carnet. En allant là-bas, vous y aller en tant qu’individu, vous laissez de côté votre carte de militant-e appartenant à tel ou tel groupe, tout le monde s’en fiche, chacun-e est bienvenu-e dans le respect mutuel. Une ZAD est un lieu où l’on défend un territoire, mais aussi où l’on expérimente de nouvelles formes de société, ou des formes perdues dans notre monde contemporain. Au Carnet, le principe d’horizontalité domine, sans aucune relation hiérarchique ou autoritaire, tout le monde peut participer aux AG, même si c’est votre premier jour. Il ne faudrait pas reproduire des erreurs passées comme ça a été le cas non loin de là sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, qui fut un échec collectif, malgré l’abandon du projet d’aéroport. Vous pouvez retrouver ici des textes revenant sur cette lutte et donnant une autre vision que celle communément admise. On ne peut que souhaiter que la ZAD du Carnet vive longtemps, du moins jusqu’à ce que le projet de méga port soit abandonné. « Nous sommes la Loire qui se défend. »

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